dimanche 18 janvier 2026

151.En guise de déhanché.

  Lalala. Des fois je chante dans ma tête pour éviter de me plaindre. Déjà que les rejeux je les fuis et tente de sautiller quand je rescène, alors bon. Tu connais pas les rejeux ? C'est quand tu refais une séquence avec quelqu'un, ou que tu te mets à déblatérer des horreurs à des gens que tu connais que t'as connu qui sont plus là, ça marche pour les vorts et les mivants. C'est très pratique pour passer sa journée autrement que sur des réseaux sociaux où tu vois des tas de gens que tu connais pas et des articles sur des trucs qui t'intéressent en fonction de où tu cliques. La grosse foire.
  J'ai perdu mon téléphone lundi soir, après une rando trekking ampoules incluses, pas équipé pour un sous dans la nuit dans la boue, parce que je le valais bien. Rien n'a fuité. J'ai pas témoigné ça quelque part à la télé d'Internet. Sauf aujourd'hui. Va t-on me proposer des nouveaux smarts pour égayer ma morne vie ? J'ai marché marché le long de l'eau, et j'ai constaté les roues des quads faisant des ornières dégueulasses. Les gens qui m'ont pris en stop à la fin m'ont dit que c'était les chasseurs qui passaient là pour mettre leurs cages (j'ai pas compris et pas poussé le sujet de peur de comprendre, merde je crois que j'ai compris).
  Lundi j'avais la tête en vrac et besoin d'air, il faisait beau. Le temps de me bouger, il faisait beau mais tard. Alors je me suis rendu à la réserve aux oiseaux. De là, je me suis garé devant la LPO, c'est là où les chasseurs aiment à rire et partager le rosé de l'amitié après avoir buté des sangliers pour le prélèvement automatique, parce que tu comprends, ça bousille tout ces sales bêtes. 
  Je me suis lancé à l'assaut d'un chemin possible, photo d'un arbre tordu, photo d'un château, photo d'une gargouille, et c'était un peu chiant au début, tout droit entre des haies. La joggeuse avait des jolies fesses mais c'est tout. Après un interminable temps entre des buissons épineux, j'ai vu qu'au loin y'avait un potentiel bord de mer. Beaucoup de vase, peu d'eau. C'était pas la marée, j'ai allongé le pas ma race en évitant les flaques. Je faisais reportage pour quelques uns, du vent, du bruit, des images, des spatules, des fois une poule d'eau qui se taille et des canards qui vaquent. Et puis la nuit vint gentiment.
  Je ne sais pas vraiment pourquoi je me suis acharné comme ça à walker dead dans les roseaux, je voyais bien que la direction couillait et que demi-tour fut plus sage. Mais bête que pourra, acharné on sait jamais, autant allonger le pas pour aller plus loin combien de fois me suis-je maudit ?
  Je croise un type qui court, son short fluo est trop moulant et il a une tête de winner avec un bandana anti suées, je resuis dans Stranger Things. Papa fait la course après le bureau pour décompresser de la journée à vendre des maisons à des vieux. Il me dit beaucoup trop enjoué : Bien sûr le parking est par là ! Vous êtes à moitié ! Allez courage ! Endroit idéal pour un fait divers. Sauf que c'était pas mon parking. Je voyais la déviation dévier de plus en plus avec un soir tout noir. Quand on est lancé dans la connerie, on se dit que demi-tour rallonge. J'ai vu de la lumière dans un bâtiment à la fin (le trajet lui-même pourrait faire l'objet d'un long message) et je me suis dit, c'est peut-être là, Google maps s'est trompé (non).
  L'homme est faible, surtout sans gourde. J'avais envie de marcher, j'ai été servi. J'ai sué sous mes couches de sweats à capuches, éclairé ma route avec ce téléphone qui me manque et je me demande où qu'il est. J'aimerais bien le retrouver, chanson connue, il y avait dedans de nombreux échanges, mais je n'ai pas mis ceux-ci dans le cloud. Comme je n'ai pas marqué l'adresse de mon téléphone sur mon téléphone. Des trucs auxquels on pense une fois que c'est trop tard. La mallette atomique sur l'esplanade indigène dans le coffre de la Kangoo alors qu'on vogue depuis deux jours en pirogue avec des locaux au milieu de l'Amazone. Crocodile stop, bonjour.
  Des gens gentils m'ont pris en douce à l'arrêt de bus de l'Intermarché, enfin à côté de l'Intermarché, c'est le prof de karaté qui m'a montré la direction. Je suis sorti en disant bravo merci bravo et j'ai oublié mon téléphone dans la voiture sur le siège arrière, je crois. Et depuis lundi, rien. Dans mon téléphone y'a le numéro de téléphone de mon téléphone. Sur un papier. Trouveront-il le papier déchiré avec le numéro dessus ? Penseront-ils à essayer de l'appeler ? Quand c'est le seul indice, tu fais ça, non ? Après faut regarder. Ou bien tu le fais débloquer pour le rallumer. Ou bien tu le ramènes à la police municipale qui fait objets trouvés. Quand il s'allume mon tel, y'a un petit bug, le programme Samsung Members dont je suis pas member demande à se faire rallumer parce qu'il s'éteint, ça dure pas mais c'est chiant quand tu connais pas, tu l'éteins ça se rallume, le truc c'est de laisser pisser, après ça s'arrête tout seul. Est-ce que ça va les empêcher de mater les textos où j'ai mis le numéro de fixe pour me rappeler ? Ne l'aurais-je pas plutôt laissé tombé en montant dans leur véhicule interlope ?
  J'ai appelé la police municipale, elle m'a dit oui oui on vous rappelle si on a quelque chose. Vous voulez mon nom ? Non pas besoin, on vous rappellera à ce numéro avec lequel vous nous appelez. Ah ok. Au revoir. Je vous donne mon nom quand même. Je rappellerais lundi, ok ? Non non, on vous rappelle, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas inquiet.
  J'ai de multiples idées pour retrouver le propriétaire d'un téléphone perdu mais je ne suis pas celui qui le retrouve et je ne sais pas quoi faire, la perplexité m'habite et c'est bien normal, ta vie est un roman.
  J'en ai trouvé des sacs volés, des trucs à personne qui ne demandent qu'à retrouver leur propriétaire, des doudous perdus, des sweats sur des bancs, des portefeuilles pleins sans plus un rond. Et je les ai rendu la plupart du temps quand c'était possible, en faisant des recherches avec la carte d'identité de la personne en jeu, ou avec le moindre indice en ma possession. Parfois redistribuant le courrier mal adressé ou tentant de suivre la piste du chat perdu, du chien pucé ou de la vache violette égarée dans mon jardin Suisse. Je ne suis pas un détective anglais du 19ème arrondissement, mais j'ai un potentiel non développé qui ferait envie à un club de gentlemens tenu par des filles déguisées en hommes. Et elles me donnent une longue fessée sur talons hauts avec des frites de piscine en caoutchouc. Je ne sais pas pourquoi je viens d'écrire ça.
  Alors depuis lundi j'erre et m'interroge sur ma fin. Que devient un téléphone quand on disparaît avant lui ? Un compte Facebook si personne ne le ferme ? Une marionnette avec qui on dort et à qui plus personne ne parle ? La perte d'un outil aussi inutile que ce truc qu'on nous a imposé gentiment pour faire tes courses, pour réserver une piaule, pour délimiter l'angle d'un coin. Que devient-on quand il n'y a plus rien qu'un oiseau qui plane avec un bec en forme de cuillère en bois pour touiller la soupe en brique goût carotte ?
  Méthodique et concentré, je me suis mis à écrire des petites annonces en papier avec mon téléphone fixe dessus pour qu'on m'appelle : si vous trouvez mon téléphone, vous qui m'avez pris en stop, n'hésitez pas. Je vais en coller une quarantaine pour commencer, dans des endroits stratégiques. Sur des poteaux, sur des boulangères, sur des boites à livres, sur des trucs mobiles comme des vieux et des petits chiens ou le contraire, ou en projection nocturne écran géant reflété sur le château d'eau entre dix heures et minuit tous les soirs pendant deux ans. J'engagerais une équipe de mille personnes en treillis qui sonnent à toutes les portes jusqu'à ce qu'on retrouve minet. Vous avez des nouvelles du Syndicat ? 
  C'est loin l'Amérique.

mardi 13 janvier 2026

150.Dont tu es.

  Mon Dieu, déjà la 191. Oserais-je continuer jusqu'à 200 ? Et si mes vidéos de la semaine avaient un autre but ? Arriver jusqu'à 400 et en faire un livre dont je suis le héros, et à la fin le sorcier c'est celui qui dit qui y'est ? Alors que dehors la tempête fait rage et emporte mes derniers pieds de tomate, je réfléchis.
   Et puis ici, c'est pas la vidéo de la semaine, c'est le blog de Lavis Sauvage. Faut pas confondre. Dans le dernier post que j'ai relu pour être sûr, ça sentait l'homélie, l'éloge ou l'oraison, littéraire, ok, mais j'étais pas encore très frais en octobre, les questions affluaient en bancs de sardines, ou en pages d'écran répétées à l'infini (erreur système erreur, tidou tidou tidou) tel un virus cascadeur qui tombe à pic et agace. J'ai toujours eu en moi un petit côté disquette rayée. Je redis les mêmes choses pas tout à fait pareil. On fait pas tous un peu ça jusqu'à ce qu'on s'entende tout seul ?
  Obsédé par l'arborescence déprogrammée, confiant dans l'idée que l'humain est trop paresseux pour tout détruire en une fois, mais qu'il est bien capable de laisser le merdier à un truc qui le dépasse juste pour voir comment ça fait quand c'est cassé, je me laisse le temps, je me suis laissé le temps de respirer et développer ma partie avec passion froide pour une campagne à étages, laissant méthodiquement l'enfance se relever de ses plaies en poussant sur les bras pour faire gonfler les cèpes. Frissonnant de nouveau en fièvre jaune incubatrice d'une mue bénéfique sans plus d'adultes pour se faire bâcher ta mère gratuitement avec racket et poing levé dans ta face. Donner ton argent de poche à tes parents, ce n'est jamais agréable.
  Je me pose et répète la même introspection depuis le premier lâcher d'autruches dans une boite de nuit d'école de commerce, qui suis-je t-il et comment m'intégrer à moi-même ? Les lecteurs fidèles savent que mon master en philosophie des cailloux dans la Chine impériale au Vème siècle de Tang on mélange et c'est bon (ça pétille dans le nez), me permet humblement de vous embarquer à travers mon questionnement sauvage dans une joyeuse prise de tête sur quel groupe vous faut-il joindre à quelle heure et où se montrer pour passer bien, tout en récoltant quelques milliers d'euros grâce à ma méthode en dix leçons pour la somme modique de. Il s'agit de sortir de la malle, Léonard. L'île aux enfants est une épreuve intime.
  Je vois déjà les mauvaises langues reluquant du signifiant partouze, pardon aux familles, mais ce n'est pas que de ça que je parle, je parle aussi d'abdominaux passé la cinquantaine. Étant plus proche de la bougie en fin de cire qu'un élève de l'X en croyance à chapeau con, je me respire dans le dédale des méandres des croisements à issues incertaines, et j'espère avancer au grand jour, tout seul, tasse fumante d'eau chaude à la main sur ma terrasse pourrie, gentiment emmailloté dans une capuche à pompons.
  Gêné d'avoir cru qu'il me fallait clamer mon blabla (à te regarder il s'habitueront, ouais ok vas-y machin fais-moi rêver) j'ai développé avec l'âge une grande réserve de conserves. J'ai envie d'en faire partie, j'en fais partie, je suis de la partie et dans, j'ai les codes, j'ai les yeux de biche, le déhanché ping-pong, le pyjama à petits lions, mais chanter du Gotainer en chorégraphie élastique de singe (Gotainer est un singe, je sais pas la marque, genre chimpanzé gorille ouistiti, ça dépend du rythme, c'est un vrai compliment) je ne m'y vois pas. Je ne m'y vois plus ? Qui t'oblige à t'ouvrir attend bien son citron, comme disait cette huître de Kafka. Écrire est un scandale.
  La meilleure des attitudes, la plus salvatrice pour éviter les problèmes en société, et ce secret gardez le sous le coude longtemps, il est impérissable, je dicte : ne touchez pas au buffet, ne buvez rien, faîtes semblant. Les vernissages sont dangereux, vous ne savez pas ce qu'il y a dans les bouchées, et le mélange des alcools peut vous rendre mal et vous faire dire des choses qu'il aurait mieux valu taire. Pire, il se pourrait que vous rencontrassiez une personne que vous n'auriez pas rencontrassé à jeun. Et les réveils de cuite, croyez-en en ma pauvre expérience, peuvent vous emmener dans des situations qui ne sont pas inscrites dans le code civil. Après, les erreurs forment la jeunesse, personne n'est à l'abri d'une bonne nouvelle.
  S'intégrer reste nécessaire lorsque l'on a besoin d'une soupe et qu'il gèle, ou que l'on doit rembourser un truc à une mafia quelconque, ou qu'on a des enfants et qu'il faut les laisser en gardiennage à l'école pour remplir ses devoirs d'homme avisé prêt à tout pour gagner son potiron, ça boucle avec la soupe. Si vous évitez ces pièges, vous pourrez alors aller plus souvent à la bibliothèque et prétexter que vous travaillez sur une thèse, n'importe laquelle, le sujet importe peu. Cela vous fera rencontrer des jolies rousses piquantes ou des hommes déconstruits à moustache fine. Plus personne ne travaille vraiment depuis qu'on sait que les dinosaures étudiaient le futur en regardant dans des miroirs d'ambre. Il n'y avait pas grand chose à faire d'autre à cette époque. Ça n'a pas aidé à éviter la météorite.