mercredi 3 avril 2019

72.Bulletin de chanté.

  J'ai composé trois semaines avec la toux qui s'en est allée au vent mauvais deci delà tout ça, et j'enchaîne le rhume qui suit, contracté dans le froid d'une lecture assoiffée (Fahrenheit 451, brûlé d'une traite) sur le chemin sans fin du dimanche après-midi (la piste aux cyclades du sérial-punaiseur fou, ancienne voie de train supprimée pour des raisons voitures) assis nonchalamment dans une pose mélancolique, menton relevé, ressemblant à s'y méprendre à un chanteur américain de garage-rock, sur un petit pont sous lequel j'ai posé une crotte de troll toute moulée toute jolie, gloire aux céréales, à l'abri des vélos voyeurs, avec mon polo pas chaud, un coup dans l'ombre, un coup au soleil, fuyant le foyer conjugal, espérant que bientôt un Louvre bis se construise pas trop loin pour y faire le guide, traduisant les silences des toiles par des onomatopées grossières qui choqueraient les chinoises électroniciennes venues ici pour prendre un peu de bon temps avant la prochaine mission d'espionnage pour savoir ce qu'il y a dans le parachute doré d'un ancien patron constructeur de pas grand chose mais qui savait serrer, à défaut de boulons, des mains bien huilées.
  Le rhume c'est une montée de drogue sans drogue, les yeux qui piquent, l'estampe qui bourdonne, un seul œil qui coule, celui qui voit moins bien, celui avec le carreau qui grossit et qui fait gogol et qui sert à rien vu que de toutes façons je peux pas lire avec. Gogol c'est un auteur russe.
  J'aime ces moments où, dépassé par ces vides de poulet sans tête, je me mets au chaud en attendant la fuite. Le cerveau se (décom)pose. Depuis la nouvelle année en collant, depuis les deux intoxications à mille lanternes avec montées de bile et boules, depuis le chamanisme pour les nuls et les prises de becs avec les pourvoyeurs de grilles devant l'atelier, depuis l'écoute en différé et podcasts des interviews oligarchiques des sauveurs de la République contre le méchant épouvantail fasciste qui sait très bien qu'il gagne plus de blé en restant dans l'opposition, depuis les ampoules aux pieds quand je marche à fond jusqu'à Bordeaux alors que j'avais pas vraiment prévu les bonnes chaussures, depuis tout ça et j'en oublie, je constate que la colère ne me sied pas. C'est fatiguant la colère, et puis on tombe balade.
  Lorsque je n'ai pas d'arguments pour expliquer la glandouille sans nom génératrice d'idées et de motivation légendaire, j'ai juste envie d'hériter plus tôt et de partir en Irlande ou en Charentes libre, vivre dans un puits avec des Kobolds en fumant du varech qui rend les yeux verts fluo et on rigole parce qu'on voit les moustiques dans la nuit. Mais ce n'est pas d'actualité, il me faut réussir pour devenir plus riche que tout le monde, pour prouver que je n'ai pas besoin d'art, gens. La société moderne veut des démiurges et des individuels. Je suis un nanti pauvre.
  Chercher dans les salles de direction d'un immeuble administratif abandonné de l'ancienne Berlin-Ouest, à Kreuzberg certainement, avec une fenêtre donnant sur la salle de bain d'une jeune fille habillée en bleu de travail qui m'envoie des messages codés pour supporter la rigueur de sa vie en usine grise et froide et moche et fliquée comme dans les clips des années 80, messages auxquels je réponds en dessinant des cœurs géants avec des arbres volants et des taupes mignonnes dont elle pourra s'inspirer plus tard pour créer un dessin-animé soviétique en Tchéquicardie après la chute du mur sur la gueule d'un soldat  anonyme qui vient de tirer sur un renard sans papiers.
  Je  guéris lentement, ça me lasse. Je veux mon puits. Je veux un nouveau nez qui ne coule pas. Je veux passer en vidéo à angle double et commencer enfin mes chroniques du ça va marcher. C'est l'histoire d'un écrivain de pièces de théâtre qui est devenu chanteur qui est devenu peintre, qui est devenu dessinateur de presse, qui est devenu écrivain alors qu'il voulait juste écrire des pièces. Et les monter peut-être.
  Où est mon échelle de ramoneur social que je passe le hérisson dans le conduit pour que cette suie qui me suit se dépoussière enfin ? 
  Un moine zen te dirait qu'il n'y a pas de suie, pas de hérisson et pas de conduit, il n'y a qu'un gros monsieur en rouge coincé au niveau du bidou qui demande gentiment si quelqu'un n'aurait pas une corde et un peu de savon de Marseille pour faire glisser, à la limite.
  D'ailleurs le savon se fabrique avec des cendres aussi, tu savais ?

mercredi 27 mars 2019

71.Fortifort.

  En cherchant à faire partie d'un truc, je me suis souvent posé la question de savoir si je pouvais. Le truc étant : tout groupe humain composé de plus de quatre personnes, fanfare, club, association, gang ou ministère quelconque. Et puisque j'avance en âge et que déjà la mort me chatouille les pieds en riant à trois heures du matin parce que j'ai mangé trop de spaghettis et bu un litre de tisane bonne humeur du docteur Maboul (celui avec les petits conseils de sagesse pour scouts puceaux) je reprends un peu de clafoutis et j'attaque la suite de Wilwood 2, la mission de la forêt des plantes médicinales. Ou alors c'est un de mes chats. Je me suis pesé tout à l'heure, c'est pas brillant. Il manque dix kilos de muscles au moins pour être maté à la piscine.
  Les livres qui guérissent sont plus importants que les autres. Si vous ne savez pas choisir, commencez par un dictionnaire.
  Un livre devrait avoir, au dos, la liste de ses bienfaits (ou méfaits) sur l'âme et l'organisme. Au lieu d'un résumé, on te dirait ce qu'il procure comme plaisir ou effet secondaire, s'il aide à vivre, à survivre, ou à partir faire un tour sans penser au réchauffement climatique et à l'extinction des lamas tibétains. 
  J'aime les groupes humains, je m'y sens souvent hors contexte. Avant trente sept ans et l'expérience en forêt, organisée par la Miskatonic University, j'y faisais encore le fier et tentais de dire des bons mots sous ma moustache et mon nez en plastique. Aujourd'hui y parler à voix haute est une souffrance depuis l'opération, je sais par avance qu'on y approfondira rien de précis sur la méthode à adopter pour faire pousser des raves et qu'il vaut mieux tirer sur le houka farci d'opium pour se connecter au grand rien (je suis confus de ne pas faire partie de milieux plus intellectuels ou racés, mais j'ai eu une éducation schizophrénique qui m'a poussé vers le peuple plutôt que vers l'ordre policé des dîners en croûte, et ne croyez pas que je juge, demandez à mes domestiques, je suis quelqu'un de très bien quand j'ai bu ma potion). 
  Alors je glane ça et là des idées de scénarios pour mauvais films français et reste le plus souvent coi. Si l'on se met à parler sexualité ou mode de fonctionnement des intestins, je tente de garder une distance polie en fonction de la température de la pièce. Si quelqu'un ôte un vêtement en prétextant qu'il fait chaud, je parle des gilets jaunes et tout le monde se met d'accord pour cramer une voiture.
  Je rêve encore de me faire comprendre par ceux qui croient connaître mes désirs désordonnés, et pouvoir organiser un atelier carton colle ciseaux  pour découper des marionnettes monstrueuses à assembler en attaches parisiennes et à agiter dans les manifs contre le climat pour que s'accélère sa chute.
  Qu'est-ce qui, dans ce parcours dépressif de quarante quatre années, me fait encore espérer un changement et une tondeuse à gazon pour parader en campagne avec un bicorne et un sac de noisettes ? Des tas de trucs. Et puis je ne suis dépressif qu'un jour sur deux, j'ai déjà noté ça quelque part. Sans doute mon côté doudoune bipolaire. Mais comme je n'ai jamais eu besoin de traitement, ça doit juste être un effet secondaire de mon appartenance à une race extra-terrestre d'une dimension lointaine, à laquelle on accède par un trou de ver localisé dans un terrier de blaireaux de la Creuse libre.
  En regardant la réalité en face, en faisant le point avec moi-même et en écoutant un album de Madonna (période rose) je me dis qu'il est un peu tard pour devenir ingénieur. 
  La vie file et tout autour de nous s’essoufflent des moteurs usés qui teufent teufent le mot croissance dans des nuages roses aux saveurs travail que ne renierait pas un chef de service.
  Lorsque j'étais enfant, dans un collège de sœurs où la mienne n'était pas, j'avais eu l'occasion de me faire retenir dans le bureau du bœuf sans cou à la veine battante (un flic à mômes, il en faut tout le temps un dans ces établissements, paraît-il) qui soufflait des narines en nous soulevant par les oreilles qu'il nous faisait aussi rouges que ses joues et son nez couperosées. Ce jour là j'avais été puni parce que je lisais en cachette sous ma table au lieu d'écouter le cours de latin. Le Seigneur des Anneaux, les deux Tours, que je n'ai pas pu lâcher pendant une semaine. Il n'y avait que la prof de français qui me laissait tranquille, me prophétisant souvent à voix haute un avenir littéraire brillant, qui permettait aux sportifs de la classe de trouver un prétexte pour me dérouiller la gueule à chaque fois que je me retrouvais seul aux toilettes.
  J'ai appris il y a quelques mois que le bœuf sans cou était mort trop tôt d'une brutale attaque cardiaque, comme ça, pour rien, proprement et sans être réanimé par personne. On l'a retrouvé la tête dans sa gamelle, au fond du couloir à gauche, un peu avant sa retraite. J'ai pensé bien fait pour sa gueule à ce gros con, mais bas. Pour pas que Dieu m'entende et me mette une heure de colle.

vendredi 18 janvier 2019

70.Je refais (l'idéal).

   Ce qui serait bien pour moi cette année, ce serait d'avoir un bon radiateur bain d'huile essentiel, que j'ai pas besoin de triturer pour qu'il s'allume, et des pâtes avec des tas d'assaisonnements tout prêts à côté de mon bureau pour finaliser un peu tout ce que j'ai dans les doigts et dans la tête. Parce que maintenant que la fin du monde est proche, et qu'il ne restera rien, même pas un nécessaire à fondue pour des marmottes suisses excentriques, je me vois dans l'obligation de me mettre au travail pour trouver un logement proche du cinquième dans un hôtel grand luxe sur la costa del sol anglaise, un peu à côté de Brighton, là où il y a des pédalos tout terrain roses, avec des bandes à la Buren dans le tissu. Je connais un migrant qui l'a testé au salon de l'automobile, ça vaut rien en haute mer.
  J'ai écouté pas mal de fois l'opéra de Mozart (trouvé dans la rue avec 150 CD dans le boitier qui sent un peu le moisi, il en manque 20, faudra que je demande à David de me prêter les disparus que je les grave, mais grave) la clémence de Titus, en italien dans le texte, avec des perruques et tout, et y'a des passages qui m'ont fait beaucoup pensé à des trucs contemporains, genre musique de films de SF ou Western, mais j'arrive pas à me souvenir desquels. Enfin tout ça pour te dire que Mozart était très en avance sur son temps, ça me semble si actuel (parfois un tout petit mouvement mais quand même) que j'ai du mal à croire que ce soit de cette époque d'avant la guerre de sécession. Ou alors c'est moi.
  Disons que je ne sais plus comment vivre ma vie de tous les jours depuis si longtemps, enfin, c'est plus compliqué que ça, j'aime beaucoup beaucoup la vie, quand je trouve à Saint-Michel des cassettes d'Anne Sylvestre en concert au théâtre de la Potinière (1995) et de Tous les matins du monde, la bande originale du film de Marin Depardieu. 
  Attends. Disons que, oui, disons-le, je voudrais bien être un architecte Maya à qui l'on ne vient pas chercher des poux dans la tête sinon on se doute que je vais brûler ton cœur de bichette dans la marmite en chantant des gwerz(s) de ta grand-mère l'aïeule de sa race d'Albator en short, et tu fers boïng boïng jusqu'en bas des marches tellement elles sont pentues qu'on pourrait y installer un félétérique.
  Alors oui, plus discret, toujours loyal, et très mais très motivé pour tenter des solutions un peu radicales pour aboutir mes images et mes chansons dans la tête et mes pièces dans ma poche et mes trucs, que si j'y arrive jamais c'est pas grave, je fais un trou et je mets tout dans une malle en fer et je pars vendre des armes de jets en Nouvelle-Guinée, qui reviennent toujours dans la main de celui qui l'a dit le premier. 
  Sinon je pourrais faire un petit événement à l'atelier pour me mettre en jambe avec la bouche au milieu des serpents, je veux dire un truc où je parle devant des gens qui mettent pas trop de parfum sinon on s'asphyxie la cocotte avant Pâques et c'est pas bon pour les pifs gadgets. Mais pas de vernis sur les oncles, ça suffit les vernis, y'a jamais personne et le ponche est dégueulasse.
  Et si les chameaux ont des dents de devant si grandes, c'est pour mieux épater les castors en voyage.

samedi 3 novembre 2018

69.Année Héroïque.

  L'envie, c'était de peindre en retrouvailles avec cette façon de laisser venir les figures. De trouver cette énergie de refaire des toiles, sans forcer, les fabriquer, les découper, les tendre sur des châssis montés au marteau en caoutchouc d'Amazonie, poser de la craie concassée liquide dessus pour rendre le support plus opaque et dur, mettre en avant cette faculté de superposer des couches d'acrylique, des couleurs qui se mélangent et des animaux qui surgissent.
  J'ai fait comme j'ai pu pour organiser l'événement, je ne sortais pas des masses dans les endroits où l'on doit se montrer, je continuais de regarder des collègues faire comme ils pouvaient aussi, mais pas partout, car sans voiture la vie ne va pas sur la rocade.
  J'ai minimisé les mails, j'ai pas eu très envie de faire le bourrin, même si j'ai un peu insisté gentil pour deux trois personnes dont j'aime la présence, c'est sans doute idiot de s'attacher à son historique Internet, mais j'aime les marque-pages. Je n'ai pas toujours été à bonne école, trouver sa façon est comme se retirer des rails lorsque le TGV radine.
  J'ai eu des leçons de conduite et réussi mon code. Je n'avais plus d'argent pour les leçons alors j'ai attendu de refaire des images.
J'ai donné à mes amis des signes de tension, et à des proches des explications sur comment j'étais où pourquoi, redonner le parcours et expliquer que ce pas à pas est pensé, senti, goûté et confiance. Et ce processus de transformation lit-quand-tropique nécessaire pour retrouver la foi dans le faire, dans le je fais ça et je fais d'autres choses mais c'est un tout et ça rassemble, ça veut relier, ça veut faire partie de Télérama, et en même temps de l'Aquarius, et de la forêt primaire qui n'existe plus que dans les livres.
  On ne m'a pas toujours cru parce qu'on se demandait ce que je foutais et pourquoi je ne mettais pas en place un traditionnel démarchage en galerie des glaces, ou un mi-temps en atelier arts plastiques, et j'ai sans doute parfois mal expliqué cette pensée que j'attendais le bon moment où tout serait clair, où il n'y aurait plus d'efforts, juste un flux de création dans le flux de la vie, avec acceptation des contradictions inhérentes au quotidien, écrire un roman, faire la vaisselle.
  Et puis le passage du je n'y crois plus parce que déjà mort à j'y crois mieux parce que mort-vivant.
  Je savais intérieurement que tout se relierait à un instant t. Et je savais que c'était bullshit et que l'instant n'existe que dans le moment où l'on accepte tous les instants comme des instants t. Avec des siestes.
  J'ai aimé les gaufres au miel.
  Le parcours de dix ans et demi d'atelier (bientôt) avec vitrine sur la rue m'a demandé beaucoup de réflexion, même dans une maison sans soleil. C'était pas tout de suite mon lieu, et il a fallu l'apprivoiser, puis le laisser diriger, sentir les murs avoir des oreilles, nettoyer devant aussi, souvent parce que sinon le temps qu'un balai de la mairie passe, les rats ont le temps de construire une cathédrale. Je n'ai pas voulu devenir commerçant mais j'ai appris les ficelles, les baguettes et les bâtards.
  Au début, devant, en juin 2007, il y avait des poubelles. Puis c'est devenu une place de voiture où parfois les gros camions du cinéma fermaient totalement la grotte, et tu as beau demander gentiment d'intervertir avec la Kangoo du catring, on te regarde comme un étron flottant dans le grand bassin, un soir de juillet, quand il a fait si chaud et qu'on doit évacuer trois heures pour nettoyer alors que la fermeture est dans deux.
  Le rangement du lieu fut une odyssée.
  C'est difficile de rendre une exposition attractive et dire combien ça circule. Que j'ai peint tout en même temps et que les toiles se sont accrochées presque toutes seules aux bons endroits.
  Maintenant j'ai l'histoire. Je peux faire voyager. Et c'est aussi intéressant que dans un musée ou avec des professionnels de l'installation qui ont le diplôme ou les concours pour dire qu'ils sont capables.
  Je rencontre encore aujourd'hui des gens qui sont totalement lucides et bons, aussi doués pour bien voir que les curateurs les mieux payés. Ils m'aident à faire sortir les mots. C'est l’électricité des âmes.
  J'aime l'atelier parce que c'est direct, c'est n'importe qui, c'est tous les publics. J'ai eu tous les publics.
  J'ai mal accueilli bien sûr, parfois, j'ai merdé (pas sur cette expo, je parle d'avant, hein, du moins j'espère...) pas réveillé, au téléphone, pas assez souple, prétentieux un peu, cynique pas beaucoup mais c'est arrivé. J'ai pas vendu alors qu'il aurait fallu, parfois, cela m'aurait permis plus tôt de m'installer à Bruxelles, ou de louer la place des Quinconces pour inviter mes copains britanniques qui font des concerts géants expérimentaux avec des bruits de la galaxie en sourdine. Mais je ne peux pas toujours tout gérer, c'est trop de connerie que de penser qu'on gère. D'accord il y a des règles de base pour l'intendance, mais face à une fuite d'eau, l'homme est une cascade.
  Et j'ai beaucoup beaucoup changé, je pourrais faire un discours avec ça dans un théâtre, avant la présidentielle, pour être intronisé par la droite que j'aurais ravagé de thématiques haineuses pour brasser large et diviser mon pays et mes hérissons plats.
  C'est peut-être pour ça que j'ai envie que des gens viennent (sur rendez-vous à partir de lundi 5 et jusqu'à samedi prochain parce que après va falloir s'y remettre les copains). Pour donner cette circulation sans m'étendre. Donner la carte. C'est harassant de chercher la pureté et d'être pris pour un gros naïf, ce que je suis encore tout de même un peu, ça conserve, la foi est un système qui repose sur la croyance du ça va marcher.
  Je n'oublie pas mes promesses faites aux officines et autres cabinets noirs de l'entre-deux mer. Je voudrais revoir les ceux qui sont pas loin et les amener à reconsidérer le parcours, j'ai un mot du médecin, et revenir à cet instant expositionnel et fabriquer une équipe qui va vers le sauvetage de l'humanité et du tapis permanent de mégots sur le trottoir aux tessons verts et blancs que les vélos abhorrent.
  Je comprends pas comment j'ai pu croire un instant que je ne réussirais pas à ressortir ce qui fait que je suis unique et totalement prêt pour donner au monde de ma rue de ma ville, une fantaisie nécessaire toute en courbe, traversée par toutes les expériences et fantastiques rencontres banales d'un ballet de passants qui nourrissent mon quotidien. Avec des siestes.

vendredi 26 octobre 2018

68.Guêtres ou ne pas.

  Dans cette forêt de pins sans oiseaux, car les oiseaux ne fréquentent pas beaucoup les résinés, j'étais sur le chemin qui monte aux cabanes en forme de tentes. Des toits en bois pentus posés sur un parquet déjà grignoté de partout. Je l'ai vu arriver de loin, le vent n'était pas dans mon sens, je veux dire de moi à lui. J'ai fait freeze.
  Il s'est approché sans me voir, j'avais des vêtements couleur arbres, mais pas de fusil. Et il est passé à deux mètres. C'était gros. Très gros. Même que je me suis dit que si je racontais ça un jour, ce serait tellement gros qu'on ne me croirait pas. 
  Je ne sais pas comment il a fait pour ne pas me voir. J'étais au milieu du chemin, ultra visible, mais totalement je bouge plus, je respire plus, je pète plus.
  C'est passé. Tranquilou. M'ignorant comme un chien peut ignorer avec classe un promeneur qu'il a décidé d'accompagner sans lui jeter un regard, mais l'accompagnant quand même.
  Je crois qu'après son passage, j'ai dû ne pas bouger encore cinq minutes avec des fourmis dans les jambes et du lierre qui commençait à pousser sur mes bottes. Puis ça a fait plop, comme un sort filet à saucisson qui se défait parce qu'un copain a lancé une canette de liquide gazeux bon à nettoyer les toilettes et dérouiller les clous sur ton front moite.
  C'est à moi que c'est arrivé, à moi. Ce n'était pas un coin de forêt sauvage loin des habitations, et j'ai pensé qu'on prenait beaucoup de place. Je me suis assis à croupetons et j'ai tremblé comme un tapir.

mardi 23 octobre 2018

67.Bibi si.

  Certains sont surpris, d'autres moins. En trois années de lumière fugace et de doutes au sirop, j'ai un peu travaillé et pas mal réfléchi. Il me reste quelques activités en route qui prennent le chemin du goudron et des plumes. J'ai envie de m'activer. Soutenu par les fils invisibles des Parques Astérix.
  Pourquoi trois années me diras-tu (?), parce que c'est la première exposition à l'atelier depuis février 2015, qui n'était pas à l'atelier, d'ailleurs. J'ai lâché quelques caisses hors du paquebot, depuis. 
  Je ne comprends toujours pas de quelle façon aborder l'Aquitain (celui d'avant la Nouvelle) et que je sens venir la vague au dessus de ma tête, suspendue avec le requin, le surfeur, le plastique et la planche. Je regarde ça comme un môme devant l'aquarium gigantesque où le otaries te font des gestes obscènes sans que tu t'en rendes compte parce que t'as pas la langue. J'ai envoyé des mayles, mais pas à mes 1200 contacts, que je ne connais pas pour la plupart. J'ai fait une sélection. Sans beaucoup peaufiner, l'important c'était d'encourager une cinquantaine de gens qui n'ont sans doute pas vu que j'étais toujours vivant.
  Alors quoi, maintenant ? Travail sous rhume, envie de soleil chaud dans le salon de jour, des histoires simples avec gros chat sur la couverture qui empêche de bouger sinon il grogne, mais ne griffe pas.
  Et ton récit ? Il avance car j'ai lu, beaucoup de romans jeunesse. C'est la vidéo numéro 49. Attends tu vas trop vite. Cette semaine j'ai envie de me faire croire que maintenant ça va marcher. Les gens qui m’achètent des trucs sont des gens qui m'aiment bien. Qui croivent en moi. Bruxelles ou Mulhouse ? Paris c'est trop grand. J'ai pas de vieille tante excentrique qui possède un immeuble à squatter sans angoisse d'un débarquement de casques noirs.
  Alors quoi maintenant ?
  Les graphismes sûrs, les livres jeunesse ? D'où je remonte, je sais pas trop. La chanson ? Ah ben oui, j'ai dit que j'y reviendrais. En campagne alors. Par quel bout je dis ? Bouge dis. Bouh jeudi.
  Je parle plus trop, sinon je disperse. Là d'abord c'était de faire une exposition de peinture pour me souvenir que je faisais de la peinture. 
  Au début, il y a dix ans d'atelier. Onze presque si je mets juin 2007 dans la balance. Alors 2015 les claques, le je comprends mieux le parcours et la façon de dire, et puis 2016, et puis 2017. Pourquoi j'ai pas peur du temps qui passe. Parce que je suis réuni avec des têtes d'animaux.
  Emmitouflé, j'étouffais trempé et je voyais comme dans je ne sais plus le nom de la BD avec des mayas dedans, ou des aztèques, et les Dieux Incas volaient autour en frimant pour faire peur à celui qui profanait les sépultures. Je me réveille dans la facture d'électricité et je me demande si l'eau est chaude ou si j'ai oublié de remonter le bitoniau qui lance le chauffe-eau. Je me lève, je sors les draps et je m'essuie partout parce que je suis une sorte de plante carnivore qui digère une mouche obèse. J'avance à tâtons, je me prends la porte qui donne sur la chambre, enfin l'autre chambre, et je me recouche aussi sec, mais toujours humide. Il y a des pistes que je suis n'importe comment, en tentant de mettre à plat mes journées sans me faire avoir par la digestion des nouilles à la Harissa.
  C'était important de repeindre. Je me suis dit je pourrais fabriquer le carnet des dessins dans tous les sens de cet été. Mais est-ce que c'est la véritable vraie bonne piste ou je refuse encore de mettre en place ma série télé avec des marionnettes et des humains ?
  Et tes albums jeunesse ? Et ton livre ?
  Je voudrais être un anglais au milieu d'un groupe de potes dans les années 70, et parler avec l'accent indien dans un sketch de cosmonautes qui vont sur une planète inconnue en sous-pulls moulants.

vendredi 18 mai 2018

66.Folio Benjamin.

  Béni soit Benjamin Chaminade, australo pis tech (c'est un bon manutentionnaire) mon cher cousin côté maternel, qui sait poser les bonnes bombes là où ça fait sens. N'allez pas le prendre pour un terroriste, il ne sait pas, à ma connaissance, jouer du saxophone.
  En m'injonctant (du verbe injoncter) l'idée, non négligeable de sortir de ma cave (qui est au rez-de chaussée et qui donne sur la rue, quand même) il tape dans le mille et fait un score que même un dauphin ne pourrait réussir au flipper. Il me propose, avec parcimonie et possibilité de refus contre lettre recommandée en double exemplaire, d'être surprenant, de sortir un peu de mes lignes bafouilleuses (j'extrapole, hein...) et promener mes jambes ailleurs avec la caméra.
  Merci de me motiver pour quelque chose, je suis déjà très occupé, mais nous allons tenter de faire le tour de la question à cloche-pied afin de rester amis, lointains certes, et cousins, indubitablement.
  De cet iconoclaste furtif (les cousins sont souvent furtifs), je garde plusieurs images d'enfance heureuse et bondissante dans son manoir fermier du Gers (nous venons d'un haut-lignage EDF) loin d'ici, pendant les vacances, je ne sais plus lesquelles, quand j'étais moins grand, avant la débâcle de nos deux familles respectives, chacun sa merde.
  Chez lui, dans les années 30, les nuits furent redoutables. Car si, par un malheureux malheur, l'envie nous prenait de faire pipi ou autre chose, et si, par un hasardeux hasard, le pot de chambre était ailleurs ou occupé, nous devions nous rendre, parfois seul, avec une lampe tempête vacillante, allumée au silex et remplie de combustibles incertains et malodorants, jusque dans la dangereuse toilette à fosse septique où les araignées nous attendaient dans l'ombre de l'ampoule clignotante, après avoir traversé sous la pluie battante un interminable champ de boue et de ruines et de loups, (c'était l'hiver et le Général Custer avait encore perdu des hommes face aux indiens en plastique de la Foirfouille, où tu trouves de tout si t'es malin, il y a plein de bonnes affaiiires) pour arriver échevelé livide à la porte blanche de peinture écaillée, ouverte en haut et en bas, laissant passer le vent de l'enfer de la mort de la peur, et qui claque claque claque des dents, tu m'attends j'ai pas fini, tu m'attends, tu m'atteeeeends, maiiiiis, j'ai pas finiiiiii.
  Plus tard, en vieillissant, comme tout le monde, on piquait des Lui ou des Playboys à son père, mon oncle, pour voir des nichons avant Internet. La maison avait changé, transformée en immense salle de jeux de Noël avec des trains électriques pas en grève et sans lutte sociale où l'on regardait la télé en mangeant des papillotes à pétards sur les assiettes retournées. Le soir, dans les piaules (où cette fois il y avait des toilettes accessibles loin des fantômes de la cour) tout au bout du bâtiment qui était un peu le quartier des enfants, on avait le droit de veiller en lisant le guide des Castors-juniors devant les grands papiers-peints de New-York, ou d'une autre ville à buildings, et l'on épluchait le grand livre des blagues RTL en se poilant jusqu'à plus d'heure malgré les couvre-feux des adultes alcooliques.
  Après ça, il a fallu grandir, voir et comprendre, un peu dans le désordre, ce que je foutais sur terre, pourquoi j'étais dans ce milieu là de où je ne sais plus trop si j'en fais partie d'un, et comment convaincre, et me convaincre de mon bon droit d'être, alors que la question ne devrait même pas se poser, mais que faire quand 1800 gendarmes débarquent chez toi pour t'expliquer que ta cabane est pas aux normes et qu'il va falloir te régulariser et fissa si tu veux pas qu'on te marave la face à coups de lacrymo et de tonfa et tu réponds en lançant des cocktails que Tom Cruise ne voudrait pas dans son église, au lieu de ployer comme un bon citoyen qui vote extrême-droite en pensant que ça va lutter plus facilement contre le réchauffement climatique, c'est la faute aux gens qui nous envahissent si les oiseaux, les singes, les globicéphales à la hache, les insectes, les abeilles et les hommes politiques de gauche meurent dans l'indifférence générale. Comme dirait Francis-Jacques Brel dans sa chanson engagé dans les bois espagnols sur Henri David Taureau : Est-ce que ce monde est sérieux ?

  En février 2016, après Mirepoix Socialize (les dates sont pas raccords sur Youtube parce que une fois j'ai effacé tout, et pis j'ai remis) j'ai tenté de faire des vidéos avec mon appareil photo pourri qui n'est même pas à moi mais à ma copine, et qui est tombé l'été dernier sur le dur carrelage rouge de la maison du sud aux fenêtres vibrantes donnant sur les camions, et qui déconne quand on le bouge trop, et qui prend l'humidité et fait crrr après si je vais dans la nature avec.
  J'ai trouvé le petit logiciel pas compliqué pour couper les images, et je me suis dit ça va m'aider vu que j'arrive plus.
  Et progressivement comme à mon habitude, j'ai bifurqué. D'un truc où je voulais faire sérieux avec une idée de montrer mes travaux, j'ai fait l'andouille, parce que c'est un peu ma nature, et que rire de soi me permet de ne pas me suicider tous les deux jours. Même si certaines personnes ne comprennent rien à cet humour-ci. car c'en est un, si ?
  Pourquoi se dépeindre comme un être perplexe qui ne réussit pas grand chose et qui semble tourner en rond et rond, est-ce bien moi, est-ce ma vie quotidienne d'atelier-bus-maison, maison-bus-atelier-Biocoop-atelier-librairie-atelier-bibliothèque-atelier ? Oui et non.
  En 2015, j'ai vécu deux moments qui m'ont clairement fait comprendre que ça n'allait pas dans le sens de la marche (références nécessaires). Déjà. J'ai voulu questionner ma méthode et faire un PLAN, encore un, pour pas-à-pas retrouver le pourquoi de comment j'ai pas su faire ce que je voulais vraiment faire, et même que je suis pas certain que ce soit ça. Tout l'intérêt de ma vie se résume dans mon doute total face à l'essence. Je pourrais sans aucun doute devenir un nuage flottant et me laisser porter par des sangliers radioactifs sur des stations d'info en continu, mais j'hésite.
  Ma (dé)formation Beaux-Arts de 1996 à 2000, parce que je ne savais pas bien quoi faire on m'avait dit va voir, m'a appris que l'on peut très bien fabriquer des choses inutiles et pas vendeuses qui peuvent être belles dans la tête mais pas dans le portefeuille. J'étais pas en design. Et je voulais pourtant continuer de croire que la peinture est possible comme un autre monde tout ça. Le plastique c'est fantastique.
  Des années et des années et des des années et des années à ne pas savoir comment parler, à se prendre des vents dans sa ville, à retomber sur les pas de l'argent qui vient de temps en temps quand je me souviens comment ça marche, mais l'expo à suivre approche promis, ont tanné mon cuir de veau, et j'ai un temps cru que provoquer les choses pouvaient être ma voie. C'est ce qu'il y a d'écrit dans les guides. Pas attentiste non plus, juste heureux de faire ce que je fais un peu chelou bizarre mais pas trop.
  Aujourd'hui je fais à manger pour ma moité de baleine et je prépare plein de trucs en secret j'y crois je me le fais croire je veux y croire, en concentrant mon attention sur l'envie de défendre une manière de faire à côté, mais là, loin des guerres, proche des cailloux où coule un ruisseau frais de marmotte. J'ai pigé que mon inspiration grossit quand je parle d'autre chose, dés que je m'implique trop, que j'explique ma mère ou que je justifie ma race, mon cerveau bugue, et Le Bugue c'est pas loin des Eyzies.
  Les souvenirs d'enfance modifiés par les trous de ver, le goût des nénuphars envahissant la nage, la défense de l'écosystème de proximité, la chasse aux mégôts sauvages qui finiront tous, à la mer si tu n'y prends pas gare de Sète, le ramassage scolaire des crottes de chien, le nettoyage au vinaigre blanc de ma cuisinière au gaz russe, les odeurs des ruelles sous des flots d'eau de riz bouilli pour faire passer l'effluve, le brossage de la vitrine à la paille, les portes qui couinent et tapent du battant intérieur et qu'on bloque avec une vis encordée pour éviter les claquements, la vaisselle à la main (et la hampe merveilleuse), les flatteries aux chevaux et une pomme de temps en temps, et les gens, tous ces gens qui font mes yeux dans la soupe. 
  En rendre compte, cher cousin, trop précisément par des images qui bougent, il me faudrait une neuve caméra.
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