mercredi 10 avril 2019

75.La chronique du ça va marcher.

  Ainsi, tout recommence, loin des foules et des questions environnementales, les retrouvailles avec le public avide de nouvelles fraîches se doit, se veut, se désire et s'encourage dans un ping-pong va et vient de grande voie de circulation gratuite et pas trop vite, avec peu de déchets, pas de péages et encore moins de particules fines pour assaisonner le chaland d'une manière toute personnelle qui ne veut rien dire et qui parle de beaucoup de choses. 
  Je commence ici, la première (en italique pour faire botte) et un peu longue mais rassurez-vous la prochaine le sera moins, chronique du ça va marcher (LCDçVM avec un petit c cédille en minuscule pour bien séparer le milieu).
  Chronique enthousiasmante (je crois que c'est le mot que j'utilise le plus dans mon blog, dans ma vie et dans mon vocabulaire limité de béotien qui masque son inculture par un flow contrasté proche de la quarantaine passée, mais surtout parce que j'ai toujours eu du mal à me souvenir de l'orthographe de ce mot car je ne sais jamais où je dois fumer le h) enthousiasmante et charmeuse, et peut-être un peu chantée, qui a un but précis, efficace, radical, dépressif et multiculturel, régional et proche du territoire à la diable, me demandez pas d'expliquer, deux points ouvrez les guillemettes : vous ravir, vous convaincre et surtout me convaincre que quoi ? Que ça va marcher.
  Et pour ça, pour que ça marche, il faut bien sûr définir la marche, ni trop haute ni trop majestueuse, qu'elle reste accessible et escaladable par le tout-venant, c'est un minimum. 
  Ainsi, nous aurons loisir à délimiter géographiquement et graphiquement car c'est tout de même normalement mon rayon, la recherche, les questions essentielles, les manières de pomper sur la voie ferrée d'un grand Ouest rêveur plein d'indiens des plaines avec cette draisine que Scooby-Doo à bien du mal à tenir vu que le cavalier fantôme est proche et qu'on ne sait pas très bien qui a fait le mauvais coup sous le masque. 
  Un pied se lève, l'autre suit. Et l’ascension vers le pouvoir de l'étage qui vient se met en place. Pas de code d'entrée d'immeuble, pas de cerbère aux yeux blancs et au corps de colosse pour nous barrer l'entrée d'un niet muet mais très impressionnant, juste nous et moi face à soi-même pour entamer cette quête quantique de trou noir méga-gros aspirant à un seul but, rester cohérent dans l'effort en en faisant le moins possible, tout en bossant comme un dingo pour pas qu'on lui reproche d'en faire pas assez en Australie.
  Il est un dicton américain (approximativement retranscrit ici) que j'aime, qui dit, je ne connais pas la source mais elle est certainement d'une compagnie à l'intelligence artificielle appuyée et confortée dans l'expérience des self-made-men de bon aloi qui ont le bon veston, la bonne voiture et les bons mollets : "If you're climbing the steps, don't forget to say hello to all the people you're going to cross, you will cross them again when you'll go down". Ce qui n'est certainement pas un negro spiritual ou un bon anglois mais en tentant de traducir, je dirais : N'oublies pas de saluer tous les gens que tu croises en montant, tu les retrouveras au bar du chalet.".
  Et par descente, nous n'entendons pas de retrouver Charon dans sa barque vermoulue mais solide, sur le Styx sucré où tous se promènent dans un parc d'attractions dont on ignore s'il est réel ou si nos héritiers ont décidé de nous offrir une dernière promenade avant la prochaine incarnation, je ne mets pas ici mes convictions religieuses dans la balance, c'est une chronique qui ne mange pas de pain et qui me permet d'étaler mes connaissances dans le but de monter, rappelons-nous. Et par descente, on dira que oui, elle existe, chaque instant, et c'est pourquoi c'est plutôt bien de se remettre en question sur sa motivation véritable, laquelle devrait être mesurée, même si l'on aspire à devenir philosophe roi, mais surtout de la plage, une guitare non jouée à la main parce que c'est Marco qui joue mieux, et l'espoir fou de mener à bien ses projets les plus farfelus dans le temps imparti qu'il nous reste avant la prochaine exposition qui est déjà très en retard depuis cette fin d'hiver féroce qui m'a vu haleter, moucher, ramer, râler, pioncer, avoir trop chaud trop froid trop tout et m’apitoyer sur mon sort dans une logorrhée très embarrassante si on m'avait enregistré, je ne sais pas je ne sais plus.
  Dans ces chroniques, nous parlerons de mes histoires et de tous les sujets possibles qui aideraient à comprendre comment on peut, ensemble et en me soutenant, mais moi aussi tant que je ne suis pas trop nombreux, à vous soutenir, pour ensemble, aborder dans le désordre : la fabrication du yaourt au ciment, les talons aiguilles sur les pavés de bœuf, les œufs mimosas cachés dans les rhododendrons au matin de la jeunesse perdue, la mode expliquée à mes chats, l'art de faire la vaisselle avec une bassine grasse, les boissons gazeuses qui donnent de la joie en récitant l'alphabet en rotant, ou encore soyons fous, l'amour et ses nombreuses positions au coin de la rue, alors qu'elle est en retard et qu'on ne peut pas faire plus de deux pompes, alors que nous sommes un joyeux petit nain tendance farfadet, qui vient aider le gentil pauvre cordonnier et sa femme (qui cache habilement un livret A mais ce n'est pas le sujet) qui aurait préféré utiliser une petite couche de cyanochiolate pour renforcer l'avant de la chaussure de marche du riche capitaliste avide de trekking dans l’Himalaya Suisse, avec un morceau de cuir d'oreille de lièvre idoine, taillé dans un livre de merveilles, afin de parcourir le chemin de Compostelle à cloche-pied du moment qu'on est déjà en Espagne et sur du sable.
  Donc, les chroniques de ça va marcher c'est un peu le foutoir, mais un foutoir organisé d'un être humain qui aime les êtres humaines, du moment qu'ils ne les croise pas trop et que ça reste sur Internet (cette phrase risque de poser des problèmes de compréhension, appuyez sur la touche 9).
  Le vent nouveau de l'impossible aventure nous susurre à l'oreille que le chemin est encore long pour atteindre la bourrasque, mais l'important ce n'est pas le but mais bien le chemin, comme disait le prêtre de mon enfance en se reversant un verre de vin de messe pour faire passer l'hostie.
  Viser haut ne nous empêche pas de tomber bas, si possible dans des coussins un peu rêches avec des motifs jolis de l'ex RDA, qui reviennent au goût du jour et sont hors de prix dans des magasins brocantes branchés, alors qu'avant on pouvait en acheter pour quelques tickets de pain, ce qui est scandaleux quand on y réfléchit mais on ne peut, hélas, pas grand chose contre le progrès.

dimanche 7 avril 2019

74.Homophonie

  Quand je serais Superman, celui avec les pectoraux en mousse et la cape ignifugée, pas celui en fauteuil, et que je pourrais regarder les formes des filles sous leur poncho avec mes yeux revolver, sans même avoir besoin de leur proposer une tasse de thé au rhum dans ma yourthe à roulettes (je mets un h si je veux saleté de correcteur orthographique) le monde d'Hollywood et de Gorge-les-Gonzesses m'ouvrira ses bras grands et parfumés jusqu'à m'envelopper dans un piège subtil et envoutant me faisant oublier jusqu'à mes racines de tilleul dans la bassine à mémé au fond du jardin de Saint-Foy-La-Grande. Et là on entend mon comparse gueuler : "Attention la Kryptonite !" et dans un ultime effort pour m'extirper de ce rêve fou, j'arracherais, hagard et viril à la fois, les lanières de la table de torture de Carmela la rugueuse dans ce donjon New-Yorkais (avec ou sans majuscules à l'adjectif) au 36eme étage d'un immeuble anonyme de Wall-Street, où l'on vient se détendre entre deux fermetures d'usines, et je ramperais vers la porte en me saisissant du gros gode fluo (qui peut-être n'est qu'un Barbapapa poupée russe dans lequel on cache des smarties à l'huile de palme de Bornéo) pour assommer mon adversaire catcheuse ukrainienne coupée de métis argentaise, argentinaise, d'Argentine, et me relevant dans mon collant bleu, après m'être assuré qu'elle n'aura pas une trop grosse bosse, je projetterais d'un geste fou le crystal maudit vers le vide-ordure à compresses pour me ruer sur la porte qui, explosant sans regret devant autant de pression de ma braguette toute verte (fantaisie d'une couturière Thaï du quartier chinois qui me rendit mon costume avec un sourire augurant d'une vie de friture et de chat aux gros yeux abaissant et relevant le bras dans un mouvement perpétuel jusqu'à la fin des piles) m'entrainerait vers la liberté, l'aventure, la sortie, les congés payés et le hall d'accueil, où des hôtesses déguisées en simples standardistes très BCBG, prendront avec plaisir et sourire et un petit doigt levé, ma carte American Express pour un règlement en trois fois sans frais, reprenez un petit bonbon en forme de foufoune, ils sont au gingembre ça peut pas faire de mal avec ce petit rhume, les enfants ça va ? Vous voulez un reçu pour vos notes de frais ?
  Je suis un obsédé du muscle absent, c'est pour ça que je prends la poudre du magasin : "La Gonflette", pour m'aider à rester aussi épais, du cortex et du biceps, qu'un primate courant dans une forêt en flammes en gueulant "Monsanto tête de veau, Bayer j'encule ton grand frère !" ce qui pour un gorille est pas mal quand même.
  J'ai confiance dans l'absolue nécessité de rassembler mes énergies (qui sont très belles) et de trouver un humour moins vachard et plus proche de l'idéal rassembleur de la Frange Insoumise, collectif des coiffeurs du marais parisien militant pour la cause à mi-mâles. c'est-à-dire qu'ils sont pour les mâles, mais pas trop. C'est-à-dire qu'on accepte les chemisettes quand il neige pour montrer qu'on est fort, mais on rentre vite au chaud en riant comme un dindon tout en s'ébrouant joyeusement tel un cygne bavard, ce qui quand on y songe est assez curieux, même si plus rien ne m'étonne en ces temps de misère. Je n'ai rien contre les gallinacés n'allez pas me taxer de faire rire avec des sujets qui fâchent.
  Je mets parisien dans tous mes posts maintenant, pour faire croire que j'y vis et travaille sans les inconvénients des particules fines. 
  Dehors il fait beau et les nuages moutonnent sous une pluie alternée, mes chats dorment. Sur les moignons de la haie massacrée, des bourgeons renaissent. 
  C'était à Port-Sainte-Foy la bassine à mémé, mais je ne crois pas qu'on puisse dire que ce soit une homophonie.

jeudi 4 avril 2019

73.La bonne pioche.

  Et si, par un hasard étonnant, cela s'était passé d'une autre façon. Si la communication entre les êtres que je nomme mes parents, avait été limpide et raisonnable, que se serait-il passé ? La vision de l'idéal nous aide parfois à reprendre le fil cassé de la bobine, le petit morceau de boudin aux pommes abandonné dans la vitrine d'un supermarché de campagne désert un soir de match, l'arbrisseau taillé à la sauvage par une tronçonneuse vengeresse d'un samedi après-midi sans joie.
  Si ma famille avait aimé parler, dédramatiser les impasses par un bras d'honneur au destin et une amicale pensée pour le voisinage, si au lieu de voir les choses du côté catastrophiste, ils m'avaient enseigné à prendre le temps un peu plus à la lègère, rire de tout et surtout du pire, s'ils m'avaient expliqué que le monde était profondément injuste et qu'on y pouvait rien mais que malgré ça il était tout de même possible de planter des carottes et des fleurs pour les coccinelles, serais-je seulement devenu la douceur incarnée dans une multinationale import-export basée dans les Îles Caïmans, vendant des coussins en poils de chats à une jet-set du 6eme arrondissement de Paris, ou du 7eme, je connais pas bien ? Serais-je resté français ? Aurais-je épousé une femme ? Aurais-je eu des enfants cachés sous la maison ? Est-ce que j'aurais, enfin, déposé toute ma fortune accumulée en douze années de bons et loyaux services pour l'Aquitaine, dans l'investissement raisonné de pâte à prout pour les adultes qui n'ont pas encore lu Kafka en version pdf avec des images en relief des moments les plus comiques ?
  Le temps est une hache qui tourne dans la main d'un nain bûcheron guerrier ivre qui passé une certaine heure dans la boite bondée prend les jambes des grands pour des arbres. Et nul ne peut revenir en arrière, à moins de s'arranger avec ses choix et décider avec l'accord de sa mauvaise foi que tout ça a un sens caché, et que si ça s'est passé comme ça, c'est que ça ne devait pas se passer autrement.
  Je regrette totalement de ne pas avoir compris mes gestes, disons, je regrette totalement de ne pas avoir saisi les gestes qu'il eu fallu que je fisse, que je fasse, que je fonce, je regrette totalement. Je regrette raisonnablement les âmes que j'ai blessé en me définissant mal, les gestes et les meubles déplacés pour rien, les sonnettes sonnées sans rester sur le pas de la porte. Je regrette avec qualité de regret, si tant est qu'on puisse donner aux regrets une valeur à coter quelque part, je regrette de ne pas avoir été plus fou plus tôt, et de ne pas avoir tout envoyé paître avec politesse et rondeur en kidnappant ma professeur d'espagnol pour la forcer à parler allemand.
  Les expériences s'accumulent et je comprends que l'on parle à des gens qui ne parlent pas la même langue, et l'on se roule des pelles dans la neige en croyant que l'on a envie de cette maison aperçue sur le bon coin au détour d'une conversation échevelée livide, où les astres étaient propices et l'herbe grasseyante haute et pleine de chèvres et d'indiens amis qui viennent danser en imitant le bison les soirs de pleine lune, et on échange du tabac et on fume jusqu'à plus soif en ignorant encore l'eau de feu et les morpions des hollandais.
  Ma vie se résume en trois temps. Un, je pensai avoir la chance d'être emporté par cette troupe qui avait vu en moi un petit doué bavard, mes parents auraient signé sans crainte, respirant enfin d'un calme retrouvé dans une maison vide où l'on aurait mis mes jouets à la benne. Ma sœur se serait consolée en tapant sur quelqu'un d'autre. Deux, le temps des cerises reviendra comme à l'époque où l'on laissait pousser des pommes de terre avec des soldats tout autour pour inciter les voleurs à en planter chez eux (des patates pas des soldats) et manger des truffes avant l'invention des nouilles. Trois, j'ai tout de même bien changé et je pourrais comme mon ami ex président faire un discours dans un théâtre en réunissant toutes les personnes avec qui j'aurais aimé coucher par écrit les mémoires de nos visions différentes de l'existence aisée de blancs dominants hétérosexuels jouant de la guitare les soirs de liesse, quand l'équipe est si fière d'avoir enfin remporté la coupe de feu mais pas de bol on se télétransporte dans un cimetierre et il faut mettre sa race à celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-prénom-François-Hollande, et il reste encore trois gros livres à écrire sous la pression des foules, ce que c'est que d'être connu quand on préférerait chanter à la place du vieux Bulgare qui fait chier avec son piano électrique qui a trois options musicales, et il passe parmi les gens en costume coloré et l'on pense au Moyen Âge de Walt Disney parce que le vrai était moins marrant et aux clooches de Noootre-Daaaame de j'ai déjà dit plus haut, comme quoi Victor-Hugo est une obsession.
  Les voyageurs du temps perdent-ils des calories, et si oui, est-ce que l'on peut généraliser l'essai et lancer un régime ?

mercredi 3 avril 2019

72.Bulletin de chanté.

  J'ai composé trois semaines avec la toux qui s'en est allée au vent mauvais deci delà tout ça, et j'enchaîne le rhume qui suit, contracté dans le froid d'une lecture assoiffée (Fahrenheit 451, brûlé d'une traite) sur le chemin sans fin du dimanche après-midi (la piste aux cyclades du sérial-punaiseur fou, ancienne voie de train supprimée pour des raisons voitures) assis nonchalamment dans une pose mélancolique, menton relevé, ressemblant à s'y méprendre à un chanteur américain de garage-rock, sur un petit pont sous lequel j'ai posé une crotte de troll toute moulée toute jolie, gloire aux céréales, à l'abri des vélos voyeurs, avec mon polo pas chaud, un coup dans l'ombre, un coup au soleil, fuyant le foyer conjugal, espérant que bientôt un Louvre bis se construise pas trop loin pour y faire le guide, traduisant les silences des toiles par des onomatopées grossières qui choqueraient les chinoises électroniciennes venues ici pour prendre un peu de bon temps avant la prochaine mission d'espionnage pour savoir ce qu'il y a dans le parachute doré d'un ancien patron constructeur de pas grand chose mais qui savait serrer, à défaut de boulons, des mains bien huilées.
  Le rhume c'est une montée de drogue sans drogue, les yeux qui piquent, l'estampe qui bourdonne, un seul œil qui coule, celui qui voit moins bien, celui avec le carreau qui grossit et qui fait gogol et qui sert à rien vu que de toutes façons je peux pas lire avec. Gogol c'est un auteur russe.
  J'aime ces moments où, dépassé par ces vides de poulet sans tête, je me mets au chaud en attendant la fuite. Le cerveau se (décom)pose. Depuis la nouvelle année en collant, depuis les deux intoxications à mille lanternes avec montées de bile et boules, depuis le chamanisme pour les nuls et les prises de becs avec les pourvoyeurs de grilles devant l'atelier, depuis l'écoute en différé et podcasts des interviews oligarchiques des sauveurs de la République contre le méchant épouvantail fasciste qui sait très bien qu'il gagne plus de blé en restant dans l'opposition, depuis les ampoules aux pieds quand je marche à fond jusqu'à Bordeaux alors que j'avais pas vraiment prévu les bonnes chaussures, depuis tout ça et j'en oublie, je constate que la colère ne me sied pas. C'est fatiguant la colère, et puis on tombe balade.
  Lorsque je n'ai pas d'arguments pour expliquer la glandouille sans nom génératrice d'idées et de motivation légendaire, j'ai juste envie d'hériter plus tôt et de partir en Irlande ou en Charentes libre, vivre dans un puits avec des Kobolds en fumant du varech qui rend les yeux verts fluo et on rigole parce qu'on voit les moustiques dans la nuit. Mais ce n'est pas d'actualité, il me faut réussir pour devenir plus riche que tout le monde, pour prouver que je n'ai pas besoin d'art, gens. La société moderne veut des démiurges et des individuels. Je suis un nanti pauvre.
  Chercher dans les salles de direction d'un immeuble administratif abandonné de l'ancienne Berlin-Ouest, à Kreuzberg certainement, avec une fenêtre donnant sur la salle de bain d'une jeune fille habillée en bleu de travail qui m'envoie des messages codés pour supporter la rigueur de sa vie en usine grise et froide et moche et fliquée comme dans les clips des années 80, messages auxquels je réponds en dessinant des cœurs géants avec des arbres volants et des taupes mignonnes dont elle pourra s'inspirer plus tard pour créer un dessin-animé soviétique en Tchéquicardie après la chute du mur sur la gueule d'un soldat  anonyme qui vient de tirer sur un renard sans papiers.
  Je  guéris lentement, ça me lasse. Je veux mon puits. Je veux un nouveau nez qui ne coule pas. Je veux passer en vidéo à angle double et commencer enfin mes chroniques du ça va marcher. C'est l'histoire d'un écrivain de pièces de théâtre qui est devenu chanteur qui est devenu peintre, qui est devenu dessinateur de presse, qui est devenu écrivain alors qu'il voulait juste écrire des pièces. Et les monter peut-être.
  Où est mon échelle de ramoneur social que je passe le hérisson dans le conduit pour que cette suie qui me suit se dépoussière enfin ? 
  Un moine zen te dirait qu'il n'y a pas de suie, pas de hérisson et pas de conduit, il n'y a qu'un gros monsieur en rouge coincé au niveau du bidou qui demande gentiment si quelqu'un n'aurait pas une corde et un peu de savon de Marseille pour faire glisser, à la limite.
  D'ailleurs le savon se fabrique avec des cendres aussi, tu savais ?

mercredi 27 mars 2019

71.Fortifort.

  En cherchant à faire partie d'un truc, je me suis souvent posé la question de savoir si je pouvais. Le truc étant : tout groupe humain composé de plus de quatre personnes, fanfare, club, association, gang ou ministère quelconque. Et puisque j'avance en âge et que déjà la mort me chatouille les pieds en riant à trois heures du matin parce que j'ai mangé trop de spaghettis et bu un litre de tisane bonne humeur du docteur Maboul (celui avec les petits conseils de sagesse pour scouts puceaux) je reprends un peu de clafoutis et j'attaque la suite de Wilwood 2, la mission de la forêt des plantes médicinales. Ou alors c'est un de mes chats. Je me suis pesé tout à l'heure, c'est pas brillant. Il manque dix kilos de muscles au moins pour être maté à la piscine.
  Les livres qui guérissent sont plus importants que les autres. Si vous ne savez pas choisir, commencez par un dictionnaire.
  Un livre devrait avoir, au dos, la liste de ses bienfaits (ou méfaits) sur l'âme et l'organisme. Au lieu d'un résumé, on te dirait ce qu'il procure comme plaisir ou effet secondaire, s'il aide à vivre, à survivre, ou à partir faire un tour sans penser au réchauffement climatique et à l'extinction des lamas tibétains. 
  J'aime les groupes humains, je m'y sens souvent hors contexte. Avant trente sept ans et l'expérience en forêt, organisée par la Miskatonic University, j'y faisais encore le fier et tentais de dire des bons mots sous ma moustache et mon nez en plastique. Aujourd'hui y parler à voix haute est une souffrance depuis l'opération, je sais par avance qu'on y approfondira rien de précis sur la méthode à adopter pour faire pousser des raves et qu'il vaut mieux tirer sur le houka farci d'opium pour se connecter au grand rien (je suis confus de ne pas faire partie de milieux plus intellectuels ou racés, mais j'ai eu une éducation schizophrénique qui m'a poussé vers le peuple plutôt que vers l'ordre policé des dîners en croûte, et ne croyez pas que je juge, demandez à mes domestiques, je suis quelqu'un de très bien quand j'ai bu ma potion). 
  Alors je glane ça et là des idées de scénarios pour mauvais films français et reste le plus souvent coi. Si l'on se met à parler sexualité ou mode de fonctionnement des intestins, je tente de garder une distance polie en fonction de la température de la pièce. Si quelqu'un ôte un vêtement en prétextant qu'il fait chaud, je parle des gilets jaunes et tout le monde se met d'accord pour cramer une voiture.
  Je rêve encore de me faire comprendre par ceux qui croient connaître mes désirs désordonnés, et pouvoir organiser un atelier carton colle ciseaux  pour découper des marionnettes monstrueuses à assembler en attaches parisiennes et à agiter dans les manifs contre le climat pour que s'accélère sa chute.
  Qu'est-ce qui, dans ce parcours dépressif de quarante quatre années, me fait encore espérer un changement et une tondeuse à gazon pour parader en campagne avec un bicorne et un sac de noisettes ? Des tas de trucs. Et puis je ne suis dépressif qu'un jour sur deux, j'ai déjà noté ça quelque part. Sans doute mon côté doudoune bipolaire. Mais comme je n'ai jamais eu besoin de traitement, ça doit juste être un effet secondaire de mon appartenance à une race extra-terrestre d'une dimension lointaine, à laquelle on accède par un trou de ver localisé dans un terrier de blaireaux de la Creuse libre.
  En regardant la réalité en face, en faisant le point avec moi-même et en écoutant un album de Madonna (période rose) je me dis qu'il est un peu tard pour devenir ingénieur. 
  La vie file et tout autour de nous s’essoufflent des moteurs usés qui teufent teufent le mot croissance dans des nuages roses aux saveurs travail que ne renierait pas un chef de service.
  Lorsque j'étais enfant, dans un collège de sœurs où la mienne n'était pas, j'avais eu l'occasion de me faire retenir dans le bureau du bœuf sans cou à la veine battante (un flic à mômes, il en faut tout le temps un dans ces établissements, paraît-il) qui soufflait des narines en nous soulevant par les oreilles qu'il nous faisait aussi rouges que ses joues et son nez couperosées. Ce jour là j'avais été puni parce que je lisais en cachette sous ma table au lieu d'écouter le cours de latin. Le Seigneur des Anneaux, les deux Tours, que je n'ai pas pu lâcher pendant une semaine. Il n'y avait que la prof de français qui me laissait tranquille, me prophétisant souvent à voix haute un avenir littéraire brillant, qui permettait aux sportifs de la classe de trouver un prétexte pour me dérouiller la gueule à chaque fois que je me retrouvais seul aux toilettes.
  J'ai appris il y a quelques mois que le bœuf sans cou était mort trop tôt d'une brutale attaque cardiaque, comme ça, pour rien, proprement et sans être réanimé par personne. On l'a retrouvé la tête dans sa gamelle, au fond du couloir à gauche, un peu avant sa retraite. J'ai pensé bien fait pour sa gueule à ce gros con, mais bas. Pour pas que Dieu m'entende et me mette une heure de colle.

vendredi 18 janvier 2019

70.Je refais (l'idéal).

   Ce qui serait bien pour moi cette année, ce serait d'avoir un bon radiateur bain d'huile essentiel, que j'ai pas besoin de triturer pour qu'il s'allume, et des pâtes avec des tas d'assaisonnements tout prêts à côté de mon bureau pour finaliser un peu tout ce que j'ai dans les doigts et dans la tête. Parce que maintenant que la fin du monde est proche, et qu'il ne restera rien, même pas un nécessaire à fondue pour des marmottes suisses excentriques, je me vois dans l'obligation de me mettre au travail pour trouver un logement proche du cinquième dans un hôtel grand luxe sur la costa del sol anglaise, un peu à côté de Brighton, là où il y a des pédalos tout terrain roses, avec des bandes à la Buren dans le tissu. Je connais un migrant qui l'a testé au salon de l'automobile, ça vaut rien en haute mer.
  J'ai écouté pas mal de fois l'opéra de Mozart (trouvé dans la rue avec 150 CD dans le boitier qui sent un peu le moisi, il en manque 20, faudra que je demande à David de me prêter les disparus que je les grave, mais grave) la clémence de Titus, en italien dans le texte, avec des perruques et tout, et y'a des passages qui m'ont fait beaucoup pensé à des trucs contemporains, genre musique de films de SF ou Western, mais j'arrive pas à me souvenir desquels. Enfin tout ça pour te dire que Mozart était très en avance sur son temps, ça me semble si actuel (parfois un tout petit mouvement mais quand même) que j'ai du mal à croire que ce soit de cette époque d'avant la guerre de sécession. Ou alors c'est moi.
  Disons que je ne sais plus comment vivre ma vie de tous les jours depuis si longtemps, enfin, c'est plus compliqué que ça, j'aime beaucoup beaucoup la vie, quand je trouve à Saint-Michel des cassettes d'Anne Sylvestre en concert au théâtre de la Potinière (1995) et de Tous les matins du monde, la bande originale du film de Marin Depardieu. 
  Attends. Disons que, oui, disons-le, je voudrais bien être un architecte Maya à qui l'on ne vient pas chercher des poux dans la tête sinon on se doute que je vais brûler ton cœur de bichette dans la marmite en chantant des gwerz(s) de ta grand-mère l'aïeule de sa race d'Albator en short, et tu fers boïng boïng jusqu'en bas des marches tellement elles sont pentues qu'on pourrait y installer un félétérique.
  Alors oui, plus discret, toujours loyal, et très mais très motivé pour tenter des solutions un peu radicales pour aboutir mes images et mes chansons dans la tête et mes pièces dans ma poche et mes trucs, que si j'y arrive jamais c'est pas grave, je fais un trou et je mets tout dans une malle en fer et je pars vendre des armes de jets en Nouvelle-Guinée, qui reviennent toujours dans la main de celui qui l'a dit le premier. 
  Sinon je pourrais faire un petit événement à l'atelier pour me mettre en jambe avec la bouche au milieu des serpents, je veux dire un truc où je parle devant des gens qui mettent pas trop de parfum sinon on s'asphyxie la cocotte avant Pâques et c'est pas bon pour les pifs gadgets. Mais pas de vernis sur les oncles, ça suffit les vernis, y'a jamais personne et le ponche est dégueulasse.
  Et si les chameaux ont des dents de devant si grandes, c'est pour mieux épater les castors en voyage.

samedi 3 novembre 2018

69.Année Héroïque.

  L'envie, c'était de peindre en retrouvailles avec cette façon de laisser venir les figures. De trouver cette énergie de refaire des toiles, sans forcer, les fabriquer, les découper, les tendre sur des châssis montés au marteau en caoutchouc d'Amazonie, poser de la craie concassée liquide dessus pour rendre le support plus opaque et dur, mettre en avant cette faculté de superposer des couches d'acrylique, des couleurs qui se mélangent et des animaux qui surgissent.
  J'ai fait comme j'ai pu pour organiser l'événement, je ne sortais pas des masses dans les endroits où l'on doit se montrer, je continuais de regarder des collègues faire comme ils pouvaient aussi, mais pas partout, car sans voiture la vie ne va pas sur la rocade.
  J'ai minimisé les mails, j'ai pas eu très envie de faire le bourrin, même si j'ai un peu insisté gentil pour deux trois personnes dont j'aime la présence, c'est sans doute idiot de s'attacher à son historique Internet, mais j'aime les marque-pages. Je n'ai pas toujours été à bonne école, trouver sa façon est comme se retirer des rails lorsque le TGV radine.
  J'ai eu des leçons de conduite et réussi mon code. Je n'avais plus d'argent pour les leçons alors j'ai attendu de refaire des images.
J'ai donné à mes amis des signes de tension, et à des proches des explications sur comment j'étais où pourquoi, redonner le parcours et expliquer que ce pas à pas est pensé, senti, goûté et confiance. Et ce processus de transformation lit-quand-tropique nécessaire pour retrouver la foi dans le faire, dans le je fais ça et je fais d'autres choses mais c'est un tout et ça rassemble, ça veut relier, ça veut faire partie de Télérama, et en même temps de l'Aquarius, et de la forêt primaire qui n'existe plus que dans les livres.
  On ne m'a pas toujours cru parce qu'on se demandait ce que je foutais et pourquoi je ne mettais pas en place un traditionnel démarchage en galerie des glaces, ou un mi-temps en atelier arts plastiques, et j'ai sans doute parfois mal expliqué cette pensée que j'attendais le bon moment où tout serait clair, où il n'y aurait plus d'efforts, juste un flux de création dans le flux de la vie, avec acceptation des contradictions inhérentes au quotidien, écrire un roman, faire la vaisselle.
  Et puis le passage du je n'y crois plus parce que déjà mort à j'y crois mieux parce que mort-vivant.
  Je savais intérieurement que tout se relierait à un instant t. Et je savais que c'était bullshit et que l'instant n'existe que dans le moment où l'on accepte tous les instants comme des instants t. Avec des siestes.
  J'ai aimé les gaufres au miel.
  Le parcours de dix ans et demi d'atelier (bientôt) avec vitrine sur la rue m'a demandé beaucoup de réflexion, même dans une maison sans soleil. C'était pas tout de suite mon lieu, et il a fallu l'apprivoiser, puis le laisser diriger, sentir les murs avoir des oreilles, nettoyer devant aussi, souvent parce que sinon le temps qu'un balai de la mairie passe, les rats ont le temps de construire une cathédrale. Je n'ai pas voulu devenir commerçant mais j'ai appris les ficelles, les baguettes et les bâtards.
  Au début, devant, en juin 2007, il y avait des poubelles. Puis c'est devenu une place de voiture où parfois les gros camions du cinéma fermaient totalement la grotte, et tu as beau demander gentiment d'intervertir avec la Kangoo du catring, on te regarde comme un étron flottant dans le grand bassin, un soir de juillet, quand il a fait si chaud et qu'on doit évacuer trois heures pour nettoyer alors que la fermeture est dans deux.
  Le rangement du lieu fut une odyssée.
  C'est difficile de rendre une exposition attractive et dire combien ça circule. Que j'ai peint tout en même temps et que les toiles se sont accrochées presque toutes seules aux bons endroits.
  Maintenant j'ai l'histoire. Je peux faire voyager. Et c'est aussi intéressant que dans un musée ou avec des professionnels de l'installation qui ont le diplôme ou les concours pour dire qu'ils sont capables.
  Je rencontre encore aujourd'hui des gens qui sont totalement lucides et bons, aussi doués pour bien voir que les curateurs les mieux payés. Ils m'aident à faire sortir les mots. C'est l’électricité des âmes.
  J'aime l'atelier parce que c'est direct, c'est n'importe qui, c'est tous les publics. J'ai eu tous les publics.
  J'ai mal accueilli bien sûr, parfois, j'ai merdé (pas sur cette expo, je parle d'avant, hein, du moins j'espère...) pas réveillé, au téléphone, pas assez souple, prétentieux un peu, cynique pas beaucoup mais c'est arrivé. J'ai pas vendu alors qu'il aurait fallu, parfois, cela m'aurait permis plus tôt de m'installer à Bruxelles, ou de louer la place des Quinconces pour inviter mes copains britanniques qui font des concerts géants expérimentaux avec des bruits de la galaxie en sourdine. Mais je ne peux pas toujours tout gérer, c'est trop de connerie que de penser qu'on gère. D'accord il y a des règles de base pour l'intendance, mais face à une fuite d'eau, l'homme est une cascade.
  Et j'ai beaucoup beaucoup changé, je pourrais faire un discours avec ça dans un théâtre, avant la présidentielle, pour être intronisé par la droite que j'aurais ravagé de thématiques haineuses pour brasser large et diviser mon pays et mes hérissons plats.
  C'est peut-être pour ça que j'ai envie que des gens viennent (sur rendez-vous à partir de lundi 5 et jusqu'à samedi prochain parce que après va falloir s'y remettre les copains). Pour donner cette circulation sans m'étendre. Donner la carte. C'est harassant de chercher la pureté et d'être pris pour un gros naïf, ce que je suis encore tout de même un peu, ça conserve, la foi est un système qui repose sur la croyance du ça va marcher.
  Je n'oublie pas mes promesses faites aux officines et autres cabinets noirs de l'entre-deux mer. Je voudrais revoir les ceux qui sont pas loin et les amener à reconsidérer le parcours, j'ai un mot du médecin, et revenir à cet instant expositionnel et fabriquer une équipe qui va vers le sauvetage de l'humanité et du tapis permanent de mégots sur le trottoir aux tessons verts et blancs que les vélos abhorrent.
  Je comprends pas comment j'ai pu croire un instant que je ne réussirais pas à ressortir ce qui fait que je suis unique et totalement prêt pour donner au monde de ma rue de ma ville, une fantaisie nécessaire toute en courbe, traversée par toutes les expériences et fantastiques rencontres banales d'un ballet de passants qui nourrissent mon quotidien. Avec des siestes.