vendredi 18 mai 2018

66.Folio Benjamin.

  Béni soit Benjamin Chaminade, australo pis tech (c'est un bon manutentionnaire) mon cher cousin côté maternel, qui sait poser les bonnes bombes là où ça fait sens. N'allez pas le prendre pour un terroriste, il ne sait pas, à ma connaissance, jouer du saxophone.
  En m'injonctant (du verbe injoncter) l'idée, non négligeable de sortir de ma cave (qui est au rez-de chaussée et qui donne sur la rue, quand même) il tape dans le mille et fait un score que même un dauphin ne pourrait réussir au flipper. Il me propose, avec parcimonie et possibilité de refus contre lettre recommandée en double exemplaire, d'être surprenant, de sortir un peu de mes lignes bafouilleuses (j'extrapole, hein...) et promener mes jambes ailleurs avec la caméra.
  Merci de me motiver pour quelque chose, je suis déjà très occupé, mais nous allons tenter de faire le tour de la question à cloche-pied afin de rester amis, lointains certes, et cousins, indubitablement.
  De cet iconoclaste furtif (les cousins sont souvent furtifs), je garde plusieurs images d'enfance heureuse et bondissante dans son manoir fermier du Gers (nous venons d'un haut-lignage EDF) loin d'ici, pendant les vacances, je ne sais plus lesquelles, quand j'étais moins grand, avant la débâcle de nos deux familles respectives, chacun sa merde.
  Chez lui, dans les années 30, les nuits furent redoutables. Car si, par un malheureux malheur, l'envie nous prenait de faire pipi ou autre chose, et si, par un hasardeux hasard, le pot de chambre était ailleurs ou occupé, nous devions nous rendre, parfois seul, avec une lampe tempête vacillante, allumée au silex et remplie de combustibles incertains et malodorants, jusque dans la dangereuse toilette à fosse septique où les araignées nous attendaient dans l'ombre de l'ampoule clignotante, après avoir traversé sous la pluie battante un interminable champ de boue et de ruines et de loups, (c'était l'hiver et le Général Custer avait encore perdu des hommes face aux indiens en plastique de la Foirfouille, où tu trouves de tout si t'es malin, il y a plein de bonnes affaiiires) pour arriver échevelé livide à la porte blanche de peinture écaillée, ouverte en haut et en bas, laissant passer le vent de l'enfer de la mort de la peur, et qui claque claque claque des dents, tu m'attends j'ai pas fini, tu m'attends, tu m'atteeeeends, maiiiiis, j'ai pas finiiiiii.
  Plus tard, en vieillissant, comme tout le monde, on piquait des Lui ou des Playboys à son père, mon oncle, pour voir des nichons avant Internet. La maison avait changé, transformée en immense salle de jeux de Noël avec des trains électriques pas en grève et sans lutte sociale où l'on regardait la télé en mangeant des papillotes à pétards sur les assiettes retournées. Le soir, dans les piaules (où cette fois il y avait des toilettes accessibles loin des fantômes de la cour) tout au bout du bâtiment qui était un peu le quartier des enfants, on avait le droit de veiller en lisant le guide des Castors-juniors devant les grands papiers-peints de New-York, ou d'une autre ville à buildings, et l'on épluchait le grand livre des blagues RTL en se poilant jusqu'à plus d'heure malgré les couvre-feux des adultes alcooliques.
  Après ça, il a fallu grandir, voir et comprendre, un peu dans le désordre, ce que je foutais sur terre, pourquoi j'étais dans ce milieu là de où je ne sais plus trop si j'en fais partie d'un, et comment convaincre, et me convaincre de mon bon droit d'être, alors que la question ne devrait même pas se poser, mais que faire quand 1800 gendarmes débarquent chez toi pour t'expliquer que ta cabane est pas aux normes et qu'il va falloir te régulariser et fissa si tu veux pas qu'on te marave la face à coups de lacrymo et de tonfa et tu réponds en lançant des cocktails que Tom Cruise ne voudrait pas dans son église, au lieu de ployer comme un bon citoyen qui vote extrême-droite en pensant que ça va lutter plus facilement contre le réchauffement climatique, c'est la faute aux gens qui nous envahissent si les oiseaux, les singes, les globicéphales à la hache, les insectes, les abeilles et les hommes politiques de gauche meurent dans l'indifférence générale. Comme dirait Francis-Jacques Brel dans sa chanson engagé dans les bois espagnols sur Henri David Taureau : Est-ce que ce monde est sérieux ?

  En février 2016, après Mirepoix Socialize (les dates sont pas raccords sur Youtube parce que une fois j'ai effacé tout, et pis j'ai remis) j'ai tenté de faire des vidéos avec mon appareil photo pourri qui n'est même pas à moi mais à ma copine, et qui est tombé l'été dernier sur le dur carrelage rouge de la maison du sud aux fenêtres vibrantes donnant sur les camions, et qui déconne quand on le bouge trop, et qui prend l'humidité et fait crrr après si je vais dans la nature avec.
  J'ai trouvé le petit logiciel pas compliqué pour couper les images, et je me suis dit ça va m'aider vu que j'arrive plus.
  Et progressivement comme à mon habitude, j'ai bifurqué. D'un truc où je voulais faire sérieux avec une idée de montrer mes travaux, j'ai fait l'andouille, parce que c'est un peu ma nature, et que rire de soi me permet de ne pas me suicider tous les deux jours. Même si certaines personnes ne comprennent rien à cet humour-ci. car c'en est un, si ?
  Pourquoi se dépeindre comme un être perplexe qui ne réussit pas grand chose et qui semble tourner en rond et rond, est-ce bien moi, est-ce ma vie quotidienne d'atelier-bus-maison, maison-bus-atelier-Biocoop-atelier-librairie-atelier-bibliothèque-atelier ? Oui et non.
  En 2015, j'ai vécu deux moments qui m'ont clairement fait comprendre que ça n'allait pas dans le sens de la marche (références nécessaires). Déjà. J'ai voulu questionner ma méthode et faire un PLAN, encore un, pour pas-à-pas retrouver le pourquoi de comment j'ai pas su faire ce que je voulais vraiment faire, et même que je suis pas certain que ce soit ça. Tout l'intérêt de ma vie se résume dans mon doute total face à l'essence. Je pourrais sans aucun doute devenir un nuage flottant et me laisser porter par des sangliers radioactifs sur des stations d'info en continu, mais j'hésite.
  Ma (dé)formation Beaux-Arts de 1996 à 2000, parce que je ne savais pas bien quoi faire on m'avait dit va voir, m'a appris que l'on peut très bien fabriquer des choses inutiles et pas vendeuses qui peuvent être belles dans la tête mais pas dans le portefeuille. J'étais pas en design. Et je voulais pourtant continuer de croire que la peinture est possible comme un autre monde tout ça. Le plastique c'est fantastique.
  Des années et des années et des des années et des années à ne pas savoir comment parler, à se prendre des vents dans sa ville, à retomber sur les pas de l'argent qui vient de temps en temps quand je me souviens comment ça marche, mais l'expo à suivre approche promis, ont tanné mon cuir de veau, et j'ai un temps cru que provoquer les choses pouvaient être ma voie. C'est ce qu'il y a d'écrit dans les guides. Pas attentiste non plus, juste heureux de faire ce que je fais un peu chelou bizarre mais pas trop.
  Aujourd'hui je fais à manger pour ma moité de baleine et je prépare plein de trucs en secret j'y crois je me le fais croire je veux y croire, en concentrant mon attention sur l'envie de défendre une manière de faire à côté, mais là, loin des guerres, proche des cailloux où coule un ruisseau frais de marmotte. J'ai pigé que mon inspiration grossit quand je parle d'autre chose, dés que je m'implique trop, que j'explique ma mère ou que je justifie ma race, mon cerveau bugue, et Le Bugue c'est pas loin des Eyzies.
  Les souvenirs d'enfance modifiés par les trous de ver, le goût des nénuphars envahissant la nage, la défense de l'écosystème de proximité, la chasse aux mégôts sauvages qui finiront tous, à la mer si tu n'y prends pas gare de Sète, le ramassage scolaire des crottes de chien, le nettoyage au vinaigre blanc de ma cuisinière au gaz russe, les odeurs des ruelles sous des flots d'eau de riz bouilli pour faire passer l'effluve, le brossage de la vitrine à la paille, les portes qui couinent et tapent du battant intérieur et qu'on bloque avec une vis encordée pour éviter les claquements, la vaisselle à la main (et la hampe merveilleuse), les flatteries aux chevaux et une pomme de temps en temps, et les gens, tous ces gens qui font mes yeux dans la soupe. 
  En rendre compte, cher cousin, trop précisément par des images qui bougent, il me faudrait une neuve caméra.
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lundi 16 avril 2018

65.968.

  Organiser ma tête en compartiments non fumeurs de brainstroming coworkés, c'est ce que je fais depuis des mois pour arriver brillamment au résultat du jour qui vient, le bonheur de retrouver intact son absence de confiance magistrale pour en faire une alliée en haut du toboggan géant de Poissonland. 
  Et si personne n'est derrière moi pour hurler vas-yyyyy, vas-yyyyy, ouaaiiiiiiis, champion du moooonde, je m'auto-motive tout de même à glisser mollement de ci de là, en tentant avec élégance d'éviter les écueils bretons. Et non pas les écureuils parisiens. C'est pas la même chose.
  Un écureuil c'est petit, souvent roux, et pourtant jamais ostracisé par ses congénères, et relativement mignon, et parfois même dans la poche d'un groom. Enfin mignon tant qu'on ne lui pique pas de noisettes. Car les dents de l'écureuil sont aussi dangereuses que celle du requin. Ainsi, le dicton ne dit-il pas : Requin au guichet, écureuil est ton banquier. 
  J'ai toujours un slogan plié en quatre dans la poche avant de ma veste de luxe, bien cintrée comme un agent secret, surtout pour mes soirées chez l'ambassadeur à l'huile de palme. D'ailleurs, La banque d'un monde qui meurt, est mon favori.
  Mais je baguenaude dans tes pâturages, et au prix de l'intervention, je me dis qu'on aurait pu éviter à quelques vieux de filer trente balles par mois à l'État en échange de petits pots de beurre de noisettes. Après j'ai pas tous les chiffres.
  Des BD(s), des histoires, des chansons, du dessin. Rien que du naturel. J'ai fouillé dans mes caisses, grandes trouvailles, et il ne manque plus qu'à s'y mettre. L'exercice est de taille, car il me reste peu de temps avant que ces sympathiques visiteurs de l'outrespace m’emmènent avec eux dans leur cargo colonisateur-zoo camouflé en joli village nuage pour une galaxie lointaine très lointaine. Le deal est clair, si je ne finis pas mon récit avant le, je sais pas je dois regarder le calendrier mais vu qu'on est le 7 sur 60 ça fait gnnnnn, à peu prêt, alors je serais dans le rouge et bon pour un aller Terre-Bételgeuse sans frais. Ça a toujours plus de classe qu'un Bordeaux-Ajaccio, et à défaut de bronzer dans le maquis, je verrais plusieurs soleils. Ils veulent étudier le spécimen et apprendre à leur peuple les codes narratifs de mes narutos. J'ai été choisi (choozen) il paraîtrait. Je ne sais pas si j'aurais le temps de manifester.
  Dans la création, tout vient de loin, il faut avoir vécu et passer son cerveau au rayon transformateur anti-puces pour assumer ses choix. Je chasse mon spleen sans vin, je redouble et retriple ma classe américaine, qui si elle est modeste (car les vêtements se collectent souvent au dessus des nids de quoi, non juste des poubelles, depuis que je sais que tout vient du Mexique, je préfère la chine) n'en est pas moins sincère, et belle, et bleue.
  Je me suis scindé en multiples depuis trop d'années nouvelles pour lâcher l'affaire et cracher le morceau, ils verront, ils verront, ils verront de quel bois je me vêts. La chauffe on repassera quand la bergerie sera remontée.

  Ce matin en allant à Super You pour acheter des céréales au chocolat bio spéciales du Mexique aussi, ah tiens, j'ai croisé deux sacs de couchage sur le rebord du trottoir. Quelques cinq minutes plus tard à la caisse derrière moi, la punquette d'un des sacs, qui sentait le fromage de bique, est venue chercher une bière grand format pour son petit-déjeuner des champions, avec quarante trois pièces de cinq centimes, désolé j'ai un peu de monnaie. 
  Parmi l'équipe de winners, il y a celui-qui vient à l'auto-école en salle de code et qui s'endort toujours après la dixième question et qui fait peur aux petites, même s'il ne mordrait pas un chat roumain. Un des moniteurs m'a dit qu'on le ferait souffler dans le ballon s'il prend des leçons de conduite. Je reste en colère. 
  Si les riverains et commerçants de tous poils de loups-garous ne pétitionnaient pas contre chaque initiative de maison de quartier pour paumés, si les douches publiques n'avaient pas fermé, en serait-on encore là ? Initiatives et start-up en vagues notions. Je sais que mes énervements se mélangent, que des choses sont mises en place, mais pourquoi ces fossés. Aujourd'hui. Mis à part des irréductibles fous, qui aime à dormir dehors et se saouler maladivement pour oublier la zone ? Confiance en soi je vous dis. Société complexe à multiplexes sans couchages.
  2500 gendarmes à NDDL contre 250 poilus. 300 à 400 000 balles la journée en comptant véhicules, lacrymos et autres pétards mouillés. Mobilisation sur trois semaines minimum. Est-ce que le président qui a presque mon âge a t-il, petit, vu un des 968 épisodes de l'île aux enfants ? Si Casimir s'alliait avec les tortues Ninja pour libérer les grenouilles chantantes, arriverions-nous à dégoupiller un Love is All généralisé sans une nouvelle drogue à moustique pour disperser les beatniks ?
  Middle-class, ça fait chier...

jeudi 12 avril 2018

64.En en.

  Après, n'allez pas me taxer de racisme anti-vieux, tout le monde a ses problèmes, et puis la vieillesse, c'est dans la tête. Et dans les genoux aussi un peu. Et moi-même, j'espère un jour y arriver. Je ne mets pas tous mes crabes dans le même panier, n'allez pas me faire critiquer n'importe quoi par n'importe qui. J'ai même souvent des sursauts d'humanité qui me font croire que les gens qui nous gouvernent connaissent la réalité des gouvernés. Ces malades du travail ne comprennent pas qu'on puisse ne pas en faire une (en foutre serait plus poli). Not to do a bloody thing me dit-on dans l'oreillette. En faire une quoi, c'est ce que je me demande.
  J'ai des vieux que j'aime et qui sentent bon. Je les mets dans des pots de fleurs et je les arrose deux fois par semaine, orientés sud-ouest.
  Même ma famille, dont je n'ai souvent parlé que généralement, en gros, critiquant des groupes vagues pour ne pas aller en procès, j'en cause en inventant, en en rajoutant une couche. Écrire est un travail de fiction. 
  Même en mettant le plus de ton talent et de ton temps sans revenus, tu n'arriveras pas à montrer ce qui est du réel de l'instant. C'est de l'écrit, car tous, nous voyons les événements, chaque événement, d'un autre œil, d'un œil différent quoi, chacun sa façon. Même si, on est influencé, par tout ce que l'on lit, par les journalistes, par les manières de dire pour qu'on se comprenne, et c'est pas simple de s'en tirer son épingle du jeu. 
  Penser pas pareil n'est pas le pas pareil qu'on veut nous faire croire, sans virer complotiste. Je me comprends, mais pas toujours et c'est une méga chance. Dinosaure prend un P comme dans chamois.
  C'est que, comme tout créateur inspiré qui se respecte ça dépend des jours, je fabrique avec ma bile enfouie et mon inconscient au galop. J'ai eu la chance de transformer ces tréfonds en gredinerie sympathique, car j'ai bien compris que je n'étais pas taillé pour la colère, et que je ne connais pas encore assez de prises de Jiu-Jitsu avec hache à deux mains pour te mettre ta branlée sans y perdre une dent.
  Je suis nul en actualité.
  Nul et renul. Je ne saisis pas le moindre broc de ce qu'on me propose, car je recoupe bizarrement les choses. Mon esprit est un zèbre acculé par un guépard, une idée vient, hop, a'pu l'idée. Pa'ti. Et remplacée par une plus bizarre. Parfois. Je me demande comment marche cette frustration magique. C'est comme sur Facebook, tu fais gentiment défiler les affreuses nouvelles des affreux humains et pis soudain, tu as une image/concert/news d'un sujet sympa heureux que tu te dis qu'il est pour toi, tu veux cliquer et hop, ça disparaît. Tu scrolles mais c'est pu là. Soit c'est le diable, soit c'est technique. Et je ne crois pas au diable. 
  J'ai espoir de devenir badass et de recouvrer le pouvoir du crâne ancestral. Même si ça m'avait toujours intrigué cette histoire de crâne, si ça se trouve c'est Skeletor le crâne ancestral, et Musclor est même pas au courant. Les méchants sont vilains, et ils se demandent parfois pourquoi ils perdent toujours à la fin, caraufond'eux, le désir de partager la franche camaraderie et les joies simples des gentils qui sauvent le monde, point (de poindre).
  Si les gens ne réagissaient plus à l'actualité, peut-être on s’intéresserait à soi et à la sauvegarde des zones humides, des oiseaux, des rivières, et de tous les espaces de glande et de promenade encore disponibles. Méditer sans médire. C'est moins marrant. La joie d'avoir des ennemis est importante, et puis quand on me klaxonne dessus parce que je baille aux corneilles, j'envisage souvent d'avoir une épée (cette fois) à deux mains (aussi) pour fendre le capot du 4x4 incongru. Hybride ta mère.
  Plus de manifs, plus de contestations, nous serions esclaves des taxes toujours plus fortes, des règles toujours plus strictes, des interdits toujours plus fous, et l'on respirerait mal en riant sous cape, car contrairement à ceux qui nous tueraient à petit feu et bousilleraient l'environnement au nom du libre échange et des lobbys qui vendent des produits maudits, nous serions conscient et heureux. Prêts pour adhérer à l'église de quelque chose en suicide de masse. Et à la fin tout le monde se relève et on va goûter dans le salon.

mercredi 11 avril 2018

63.Le recul des côtes.

  J'ai toujours préféré être sur scène. Sur scène, pendant le spectacle, on peut être debout, on peut se déplacer. La situation de spectateur m'a toujours semblé inconfortable. On est mal assis, spécialement quand on a des grandes jambes, et on doit respirer le même air que ceux qui nous entourent. Ai-je fait de mauvaises choses dans mes vies passées pour trop souvent me retrouver à côté de vieux en train de mourir ou de digérer des rognons de veau à l'ail arrosé de vin transgénique après une mauvaise nuit de sommeil et une digestion qui se terminera, définitivement, dans deux jours ?
  Je suis un mauvais spectateur. Je l'ai sûrement déjà dit quelque part là-dessous, l'école me défonçait littéralement les neurones, rester assis à écouter benoitement, sans participation possible, dans des classes de 35 minimum, je m'ennuyais fabuleusement, et j'y suis pourtant resté jusqu'à mes 19 ans, étude sociologique avant l'heure. L'éducation catholique, l'absence d'initiative, la difficulté de prendre en main les choses, éduqué à avoir peur de la nouveauté, le respect des conventions. Tout ça pour rater son bac deux fois parce que la philo était coef 5 et que j'avais pas lu Kant, Seigneur. Je dis pas mal Seigneur, avec majuscule, oui, ces derniers temps. Je ne suis pourtant pas croyant. Je vieillis, mais je ne mange toujours pas de rognons de veau. 
  Toute ma vie souffre d'un avantage olfactif trop développé qui aurait pu me faire devenir grand œnologue, si seulement je n'avais pas eu une sainte (encore l'éducation) horreur des pesticides dans mes cheveux, mais mes cousins de Paris n'ont pas donné de nouvelles depuis la dune du Pyla. 
  C'était un repas de Pâques sur le bassin, long, gris, poliment ennuyeux, j'étais encore trentenaire, je faisais des efforts, et la voiture qui devait les amener vers la dune ne pouvait contenir que cinq personnes, et mon oncle (propriétaire et usager dudit véhicule) avait bien dit que, non non, on ne peut pas t'assoir dans le coffre, à ton âge (c'était un utilitaire avec coffre donnant sur paysage) tu comprends Jean-Martial, c'est interdit, et tu n'es pas un chien, des gendarmes peuvent surgir de n'importe où, à n'importe quel moment, et je ne peux pas me permettre de. 
  C'est vrai, c'est louable, ça se défend, c'était raisonnable, il fallait accepter et comprendre. Une place en trop, c'est pas rigolo.
  Alors mes cousins, en m'ignorant joyeusement, sont allés à la dune du Pyla, et moi je suis resté avec les vieux à attendre mon bus pour rentrer tout seul à Bordeaux. Et je me suis rappelé de plein de moments d'infantilisation similaires. Et j'ai compris qu'après un concert des Rois de la plage, il ne faut jamais jamais jamais aller dans sa famille manger. Parce que la famille c'est le contraire d'un public qui t'aime, ce sont des putains de règles tissées bien avant toi qui te rappellent que Danemark est une prison, et que pour dénouer ces liens là, il faudrait qu'on fume de la beuh et qu'on rigole un bon coup, réunis, avec des têtes d'animaux. Les âges s'oublieraient, la fraternité reviendrait, et on reprendrait de la glace à la vanille avec le gâteau au citron sans réfléchir à savoir s'il faut en laisser pour quelqu'un.
  Plus tard, alors que je passais chez mes cousins de Paris (sans mes cousins de Paris) pour saluer je sais plus qui qui allait mourir, j'ai vu, accroché au mur de la table de travail de mon oncle, les photos de tous mes cousins en train de faire les fous sur la dune, en cette fameuse journée où j'aurais pu moi aussi apparaître sur les photos et où ils sont partis quand même. Et le démon mange social tord mes boyaux et une lueur verte passe dans mes yeux. Je me vengerais.
  Je n'irais pas jusqu'à les pendre par les pieds (la corde se consumerait lentement, brûlée par une implacable bougie) au dessus d'une fosse à scorpions, avec écrit au sol, souviens-toi de la dune du Pyla, j'ai la vengeance modeste. Je vais juste réussir et être très connu et très riche et quand ils auront de nouveau envie de me voir et de partager ma célébrité parisienne, je leur enverrais une carte postale de la dune pour m'excuser de ne pas pouvoir les voir, avec une petite poche de sable et un porte clef avec une voiture utilitaire.

  Aujourd'hui, j'ai vu l'île au chiens de Wes Anderson, qui me donne toujours du courage et c'est important. À côté de moi, il y avait un vieux. D'instinct je me suis dit, ne te mets pas à côté, ce vieux semble sur le point de se liquéfier Et puis j'ai voulu passer outre mes aprioris, il y a des vieux qui font gaffe à ce qu'ils mangent. Ma gentillesse sociale compassionnelle de boy-scout transgénérationnel me perdra. L'éducation, toujours. On arrête pas un chewing-gum qui marche.
  Le vieux a ronflé plusieurs fois dans des moments d'apnée de deux à trois secondes, et à chaque exhalaison, j'avais envie de lui mettre un cocktail molotov dans la bouche et d'allumer la mèche, puis de le pousser sur un truc à roulette face à des CRS (pardon, des gendarmes) venus piétiner des salades et botter le cul des ânes. On ne fait jamais assez attention à ce qu'on mange et à son hygiène dentaire. 
  J'ai passé le film mon foulard sur le nez, comme ça parlait de l'île poubelle on peut dire que j'étais dans l'ambiance. 
  Le livre avance, la vidéo 32 approche, mon permis j'ai un peu lâché, mais j'y retourne. Avec une voiture j'aurais pu y aller à la dune du Pyla, j'en aurais pas fait tout un post.

vendredi 16 mars 2018

62.Méga Ouate

  La professeur de clown m'a dit que j'étais un coton de nuage. cela devait faire dix ans que je n'avais pas reçu un tel compliment. Même si je ne sais pas bien ce que ça signifie. Il faut la comprendre, elle est Chilienne. Ces gens là ne sont pas comme nous. Je signe où ? 
  Il m'en faut peu pour m'envoler, j'aime tout particulièrement les corbeaux. C'est un oiseau qui est à l'honneur dans mes toiles, l'as-tu vu ? il est marrant le corbeau, il fait semblant d'être blessé en vol, il choure des trucs, il mange des yeux. La totale poilade. Cela fait longtemps que je n'ai pas vu un beau champ de bataille à l'ancienne. Le cinéma nous aide à entretenir la belle mémoire des massacres inutiles d'hier qui nous aident à comprendre les ceux inutiles d'aujourd'hui. Pourquoi se taper dessus sinon pour un territoire ?
  Je reviens à l'idée du comment je vais faire pour mon livre série marionnettes spectacle de chansons album jeunesse et BD. Pour te dire que c'est possible à partir du moment où tu y crois. Si si. Il faut une totale folie, une endurance à toute épreuve, et une faculté à se boucher les oreilles face aux incrédules. On me dit c'est un peu tard pour engager quelque chose sans réseau, dans ces matières incertaines qui ne dépendent que de toi et de ta foi dans le retour du printemps sans abeilles. Ils veulent surtout remplir la jauge, ou vendre les albums, l'artistique, ils s'en tapent. 
  Oui, c'est vrai. Pour la plupart c'est vrai. C'est comme l'image qu'on te colle sur la tronche en te donnant une identité secrète, enfin secrète pour toi, lui il est comme ci ou comme ça. Ou alors tu n'es rien du tout et tu n'existes pas encore, tu es le mec sympa qui sourit et qu'on invite pas à des trucs gratuits.
  Ta copine n'aime pas tes vidéos de la semaine, tes rendez-vous s'annulent et tout le monde autour de toi s'inquiète. Enfin tout le petit monde parce que y'a pas foule. De quelle réincarnation de fossiles suis-je issue ?
  J'aime communiquer, appeler, m'amuser, partager, mais les adultes sont là, à flairer, à dire, à médire, à ergoter, à tourner autour, à gratter ton dos et d'une serre aiguisée te suspendre à un clou pour examiner la bête. On te flaire, on se dit, mais que fait-il, mais qui est-il ? Ou on ne te dit rien, on t'oublie et on ferme la lumière, c'est pas mieux. Alors tu lèves les bras et tu te laisses doucement glisser au sol, laisser ton pull en l'air, partir en chemise. Il faut s'inventer des ennemis pour faire un grand voyage.
  Bien sûr il va falloir entendre le réel, les ceux qui pensent à ton avenir, les ceux qui te barrent la route et te disent que tu n'as pas ta place ici-bas, que ce n'est pas la peine de passer au casting, qu'il y a déjà du monde qui attend.  Et des plus jeunes, des plus dynamiques, qui maîtrisent Photoshop et travaillent sur des Mac. Ils ont des smartphones modernes plus intelligents qu'eux, qui leur permettent de ne pas retenir trop de choses, des sourires faciles, de beaux vêtements, ils savent ce qui se passe dans le monde et peuvent appeler des gens sans même appuyer sur une seule touche quand toi tu tournais le cadran d'un téléphone avec un crayon, crrrrrrr, qui sonnait si fort dans la grande maison où maman dort à l'étage. Il faut se concentrer, il faut se ramasser sur soi, et comme ton ami Le Tigre, Garcin Attorney Duralieu, fils du terrible inventeur du dentifrice au sucre qui fit tant de mal aux nations blanches du Nord, tu vas courir pour échapper à la horde, tu vas disparaître dans les catacombes, trébucher sur des os et des crânes qui s'effritent et crissent, perdre ton chemin jusqu'à être sûr que même ici, personne, pas même toi, ne pourra te retrouver. Puis tu avances dans la pièce inattendue, avec une stèle gravée d'une écriture qui n'existe plus aujourd'hui, dont tu te dis qu'il faut pousser la dalle placée devant pour regarder dessous, à l'intérieur, pour être sûr de passer une nuit tranquille, froide, mais tranquille. Tu avises une barre de fer, placée là, peut-être à ton intention, ou du moins à celle de ceux qui, avant toi aussi, ont tenté de faire levier. Et après avoir ahané comme un bossu sonneur de cloches, comme tu t'en doutais, laissant tomber la barre dans un écho de blang qui résonne dans les souterrains que tu viens de traverser en sprint, tu trouves une surprise. Ici pas de momie rongée par des rats, de corps poussiéreux ou de cercueil vrillé, seulement des marches, qui s'enfoncent plus bas, encore plus bas. Tu sors une torche de ton sac en toile cirée, tu craques une allumette de voyageur, de celles qui fonctionnent même sous la pluie, et tu fais brûler ton flambeau pour descendre lentement vers la destination qui t'attendait depuis longtemps. Derrière toi quand, au premier tournant, tu commences à quitter pour de bon le monde d'où tu viens, tu n'es pas étonné d'entendre la dalle se remettre lentement, en glissant, à sa place, dans un frottement silencieux de pierre. Il faut avancer.

vendredi 9 mars 2018

61.Comme un ouragan.

  Je me nourris aux boites à livres, in(ter)vention divine, dans laquelle on trouve de tout et même n'importe quoi, vu qu'elles se multiplient. Et pas que des livres. Des K7 vidéos aussi, plein, et des encyclopédies balkaniques en 12 volumes qui, elles, ne rentrent pas dans le magnétoscope, mais que j'aime à tracter en brouette jusqu'à l'atelier Demi-Cachalot où tout déborde avant qu'en des coins obscurs et honnis je tasse, en prévision de provision d'une invasion de mulots.
  La muse me taquine, et l'ordre approche. Tremblez. Autour de moi les piles s'amassent, et je glane dans les images des inspirations anciennes et nouvelles, je trie, je tricote, je tripote et fricote, Bibi, avec entrain. Mon cerveau fait un bruit de disquette avariée (il faut avoir connu la disquette pour comprendre) et j'entends siffler le train trois fois et plus, gavé de gaufres et de sucreries supposées apaiser l'angoisse de ces moments fébriles de gestation allongée. Allongée dans le sens qui dure, n'allez pas m'aliter avant que je n'm'écroule.
  Ainsi j'ai en tête les choses à réaliser dans l'ordre, avec pour phare une émission marionnettes et acteurs, ou acteurs et acteurs, sortant du livre, sortant du livre d'images, sortant de l'expo, sortant pour aller faire un tour à bicyclette bleue. Si c'est le bordel, c'est que c'est bien. Les techniciens feront le reste. Car l'équipe imaginaire est là, la maîtrise de l'anglais allemand espagnol chinois yosémite aussi. Ce qui permet de se faire comprendre par presque tous les dictateurs. Mais le Yosémite est un parc. Alors ne me faîtes pas dire n'importe quoi.
  J'ai revu trois fois Monstres Academy, en anglais c'est University, et deux fois Hôtel Transylvanie, qui peut tout de même provoquer des palpitations épileptiques. J'ai revu Willow cinq fois, remangé les muppets dans leurs multiples aventures et The Storyteller qui suit, j'ai avalé littéralement les 65 et plus ou moins dessins-animés de Tex Avery, patrimoine mondial de l'humanité, Dieu blesse l'Amérique, et je suis au milieu de Fraggle Rock version française en K7, trouvée dans une boite, donc.
  Je lis la fin des aventures de Harry, et l'autobiographie d'une courgette. Je me sens aléatoirement concentré, même au random.
  Comprenez-moi, au fond, je suis très jeune, si je n'ai pas eu la facilité relationnelle comme atout (voir pour cela l'excellente vidéo 27 que de nombreux fans inspirés ont prévu de brûler avec moi en dessus) et si, comme tout un chacun chacune toutes et tous, je m'allonge (cette fois pour de bon et pas chez un psy) en maudissant les 24 heures qui nous tiennent lieu de temporalité fragmentée, je perpétue ma croyance imbécile d'être profondément obsédé par l'envie de fabriquer des dialogues et des décors où l'on évolue sans gêne entre gens de bien, même si on est deux, je préférerais trois, quatre ne serait pas du luxe, douze me conviendrait bien. 
  Cela ne m'empêche pas de m'entourer de schémas et plannings, plans machiavéliques impossibles à tenir tant que je suis entouré de livres. Quiche au test quichottesque. Comme dans l'histoire sans fin, le 1, film pour les tout petits ça passe. Si seulement ils avaient pensé à m'appeler pour le scénario j'aurais fait en sorte que le petit guerrier de Fantasia (Pays Fantastique dans le livre) sauve le monstre qui veut le buter, en l'aidant à virer un rocher de sa couenne par exemple, au lieu de faire un combat final si attendu et qui ne dure même pas.
  Le livre est à découvrir dans le sens de l'alphabet, vous comprendrez quand vous l'aurez entre les mains. L'auteur au passage s'appelle Ende (Michael) il est allemand. Son livre, en allemand, se lit "Die Unendliche Geschichte" L'histoire sans Ende quoi. C'est monstrueusement fortiche. Car c'est un livre qui se fait par celui qui le lit. Et donc par moi, toi, tous les autres. Or, si l'auteur en est absent, c'est double cadeau (avec ou sans x ?).
  Le livre sur lequel je t'en parle un peu mais pas trop en détail, c'est un truc dans le genre, plus tu avances, plus tu piges rien et les personnages non plus, avec tout de même beaucoup d'indices et une fantaisie qui aide à vivre, enfin moi déjà, et plus tu comprends que le jeu en vaut la chandelle de l'hôtel de Bourgogne, plus ton nez s'allonge. 
  Il y a du théâtre, il y a des chansons, et si j'arrive à rester vivant assez longtemps, je te montrerais que la mise au réel de cet imaginaire va ouvrir la brèche qu'il faut. Mais faut vraiment que j'arrête avec ce désir d'être abandonné par Dieu au dernier moment.
  Atelier clown lundi, je vois une amie de longue date qui sait me tirer les vers d'une plume jeudi, je suis super content. Et toi aussi ?

vendredi 2 mars 2018

60.Parcours chanté.

  Ma mère, qui n'a pas dit que des conneries, elle en a également beaucoup fait, m'a un jour dit que si ça se trouve, je donnais de la joie avec mes bêtises, à des gens dont je ne soupçonnais même pas l'existence. Non c'est pas ça. Que je donnais de la joie à des gens dont desquels je ne me doutais pas que je leur donnais de la joie. Attends. S'il arrivait à ma mère d'être un peu confuse, moi aussi.
  J'ai mis des années à comprendre l'avantage d'être éduqué par des gens qui ne sont pas allés au bout de leur logique. Mon père voulait un spartiate, ma mère un pédé. Ils ne se sont pas mis d'accord et ça a donné un artiste. Depuis je rame dans mon salon.
  La mécanique du rameur d'appartement fonctionne quand il y a un but à atteindre, j'essaye de viser l'arbre en face dans le jardin des voisins où il y a du soleil. Parfois j'y crois, et c'est souvent au bout d'un quart d'heure à ne pas avancer que je reprends l'exercice avec tranquillité en pensant à toutes les calories qu'il va me falloir engloutir pour récupérer les vingt grammes que j'ai dû griller dans l'effort.
  Le sport est une joie intime.
  Je grattouille mes cordes en reprenant mes tubes pas connus, et pense au petit pont de bois de Georges Bataille, le héros grec qui a dû faire 12 travaux dans son mini-golf avant de pouvoir rejoindre la gargotte à Penne (prononcer péné) où les pâtes sont si douces et fraîches sous le soleil de Mexico.
  Je me demande ce qu'ils on mis dans mon café à l'auto-école. Car, il faut s'armer de patience et de sagesse et attendre le moment opportun, quand un con klaxonne derrière.
  Que c'est loin l'Olympia le soir au fond des bois. Je vous souhaite un bon Noël.