lundi 26 avril 2021

85.Le tournant de ma carrîère.

 En rangeant mes cartons, je crois que je ne fais que ça en ce moment, et aussi me masturber (et écrire une nouvelle pièce, et chercher ma maison) l'esprit essentiellement, je tente de me détendre. 
  Heureusement, grâce à Internet, la vie n'est pas si triste et j'aspire à étudier la sociologie des positions à prendre face aux opportunités inventives que je caresse dans le bon sens du poil, et ce dans le but avoué clerc de notaire de donner un ordre nouveau au processus interactif de ma création foutraque de reproducteur de glande, surrénale essentiellement. Don Cortisol, priez pour nous ! (Faudrait que je mette six/six liens mais j'ai pas le temps.).
  À chaque masturbation spirituelle, j'ai des bouts de cerveaux qui fusent comme une araignée, au plafond. Ces prises de tête colossales sur le devenir de mon humanité intérieure et mon relationnel avec l'extérieur, ou immunité je ne sais plus, un pour poulpe, poulpourin ! Reprenons.
  Ces prises sont survoltées ! Ça permet d'égayer un peu mon quotidien et de perdre mes neurones ailleurs que dans des produits addictifs que je préfère fabriquer à travers mes images, souvenirs, écrits, que j'assemble et ressemelle à la va comme je se faire se peut. L'imagination est ma principale toxicomanie, je pars souvent en couille et je reviens à pied.
  Je me suis souvent posé la question de la masturbation intellectuelle, c'est péjoratif quand on vous dit qu'on se masturbe le cerveau, c'est esseuprès blessant, alors que, la masturbation en soi, entre soi disons, c'est plutôt sympa, quand c'est bien fait. Je manque de muscles. Un jour, peut-être, je sortirais d'une douche en ne demandant pas la serviette, fier comme un nu de David. Je parle du sculpteur pas de mon pote alsacien.
  J'ai cette obsession de pourfendeur de tort, de redresseur de trucs, l'amitié virile doit servir à quelque chose après tout. 
  La masturbation intellectuelle serait-elle le schtroumpf à lunettes de notre libido mentale ? Je m'explique : enfin plutôt je ne me l'explique pas, le schtroumpf à lunettes c'est celui qui se prend des pains parce qu'il pinaille. il pose des questions, il sermonne et pontifie, c'est le premier sur qui on se défoule, alors que merde, si ça se trouve, il a un truc intéressant à dire, un bouquin à conseiller qui permettrait de sortir de cet état débilitant de lala la schtroumpf lala, vient schtroumpfer en cœur. Assurancetourix, le barde, celui qui chante, assez mal j'en conviens en regardant de plus prêt les phylactères, est peut-être le schtroumpf à lunettes du village gaulois. Car si un barde sait, connait des choses, on règle plus souvent les problèmes compliqués des phrases trop longues ou des créations en jachère avec des baffes, il parait, je ne vais plus trop aux manifestations en ce moment.
   L'intellectuel serait-il donc un masturbateur pas heureux à la nouille sans sauce ? Je diverge. Comme à mon accoutumée, je retombe sur mes pâtes, même si ce soir je m'ai fait du riz. 
  Mais oui hélas encore aujourd'hui, celui qui pense n'est pas celui qui chante, y'a pas de pianos debout à jouer derrière pour faire se trémousser les télétravailleurs du village dans les nuages. Un homme assis qui se prend la tête est suspect, il ne joue pas au ballon. 
  Notez que j'adore voir des hommes musclés courir les uns derrière les autres en se passant un truc caoutchouteux à la main, au pied, par devant ou par derrière. Cela me rappelle les efforts à fournir pour sortir du lot à mon âge avancé, et réussir à faire marcher les parties carnées de mon esprit rebelle des bois qui pourra prouver un jour que ce collage vivant de créateur multipistes vaut la peine d'être vrai cul.

samedi 24 avril 2021

84.Dans le dur de la feuille.

  Les vieux m'agacent. Ils sont pénibles. Il faudrait leur ôter le droit de vote passé la cinquantaine. Les vieux ont cinquante ans. Au delà ça varie. Soit ils rajeunissent, soit ils s'écroulent dans leur passé. Je viens d'écraser un moustique sur le mur, il ne faisait même pas de bruit le pauvre. Les vieux ne sont pas des moustiques. Il vaut mieux leur subtiliser la télécommande.
  J'ai aujourd'hui réussi à me déplacer chez mon ami T., dont je tairais le nom pour éviter qu'on s'y rende à plus nombreux, car il est généreux et des gens pareils se gardent sous le coude sans trop diffuser l'info. Sinon c'est l'alarme, l’hallali, la curée et la charlotte tout en même temps. Partager les bons plans lorsqu'il s'agit de prendre une douche dans la baignoire huit places qui fait des bulles et spa et des tas d'autres trucs à vapeur, je ne peux pas vous dire. J'ai donc réussi à me déplacer, déjà, c'est une information importante. 
  Se déplacer, en ce moment, je faisais moins. D'ailleurs il me faudrait une prise au jardin botanique pour égayer mon décor. Je vois bien que mon programme de bras, de jambes de torse, reste au point mort, et que mon ventre replet vient enlaidir cette surface de réparation dont je parlais déjà dans le post précédent (vous ne l'avez peut-être pas lu, je ne vous en veux pas, il y a tant de choses qui nous distraissent, oui.). 
  Aller du point A au point B. De l'atelier qui finit à la maison qui rigole, mais ce n'est pas une fuite. Je me projette dans le mur avec un matelas coton autour de moi, bien enserré pour pas faire d'inutiles bleus. 
  Le couscous est meilleur quand la nuit est tombée. 
  Il y a des indices, des point précis, des requêtes, des impératifs peut-être, qui s'ajoutent à chaque journée de recherche supplémentaire. Je me sens jeune encore, prêt à en découdre, à croire que l'abdomination de Dunwich (c'est comme ça que je parle de mon ventre) reviendra sur le devant et repartira sur l'arrière. 
  Il me faut un évier sur fenêtre, une vitrine sur rue (même si c'est pour des vaches), un chapeau de ciel (quelques velux suffisent), un grenier, une cave ou une grange ou un garage pour ma collection de lamborghinis (c'est des pâtes) minimum deux mètres cinquante de haut sur trente de large pour pouvoir lever les bras sans toucher.
  J'ai pour principe d'éviter de m'attarder sur le résultat. Le chemin est tout de même plus important, même si comme pas mal de monde je ne m'en rends compte que quand je suis mort.

jeudi 22 avril 2021

83.En attendant l'A87.

  Je me demande si j'ai bien fait de commencer à faire quelque chose. C'est le problème quand on commence. Il est difficile de s'arrêter. Des pelleteuses se massent devant l'entrée, avides de mottes, prêtes à sauter les unes par dessus les autres, comme des titres, des moutons ou des truites dans un bac à surgelé. Je me demande. Vraiment. L'irascible m'habite. L'irascible me plante. Au milieu de ma terre.  
  Chanter des phases. Appliquer des crèmes. Je m'en fous si ma photo est un peu serrée. Je pose pour personne. Tout seul devant le réglage automatique. Possibilité multiple m'a toujours attitré. Attiré. Atrabilé. Je perdure. 
  Magiquement parlant, les poules me font des œufs. Petit coq pousse un peu le cou, se pavane devant les plus grosses, gratte un peu la poussière et la paille, silence dans le studio, retour à l'autoroute.
  Des possibles je te dis. T'es pas âgé, moins qu'elle, c'est sûr. Dans les starters je relance des bafouillements ultimes, quelques clins d’œils (oui au pluriel, les yeux de Laura cachent son sourire) et une pièce à dérouler qui m'obsède. En huit jours c'est possible non ? Non ? Avant la maison dans les Landes. 
  Toujours les mêmes sujets, les mêmes obsessions pour tout ce qui courbe et fluidifie. Ce mélange savant de dialogues enlevés, j'écris en définitif. Pas que je frime. Juste ça vient comme ça. 
  Je me dis : tout peut s'arrêter si vite (il se dit : tout peut s'arrêter si vite). On retrouva l'auteur sur son clavier, la tête appuyée sur le Q.
  J'envisage sérieusement de me mettre au foot. Mais plutôt comme arbitre. De loin. De très loin. Sur une soucoupe. Et à chaque manquement, chaque coup de boule illégal, ce sera une décharge. Rien de grossier. Mais plusieurs petits tas brûlés à la fin sur le gazon maudit. On comptera les barbecues depuis le nouveau satellite d'un richissime crétin qui préfère envoyer les masses aussi dorées que lui se faire balader dans les surfaces rouges en préparation sur une planète pas plus isolée du système qu'une autre. 
  Et dire qu'on vote encore. 
  Vivement le conseil des sages. Ils ne décident rien, et on prend leurs vents pour des réponses. Les os ont parlés !
  Ce que c'est que d'être maigre.

mardi 21 janvier 2020

82.LCDçVM 7 : Dessiner, enseigner, peindre.

  Dessiner c'est remettre en question ce qu'on a sous les yeux. C'est pas avec des mots, c'est pas un débat. Pour celui qui dessine, c'est surtout une pensée de la main. 
  Enseigner, c'est une autre paire de manches (propres les manches). La main veut l'esprit, l'esprit veut que la main soit sienne, et ça se bat, et c'est raté. Le raté m'intéresse, le beau parfait qu'on croit parfait aussi. 
  Peindre me permet de relier. En faisant de la peinture, je peux rater lentement et reprendre, je recouche, je repasse les couches et j'apprends à enseigner. 
  Dessiner est un spectacle de la main (ou du pied ou de la bouche si on a pas de main, me faites pas passer pour un (homme, femme) politique qui dit cher et chère alors que, en français, le masculin peut dans un discours englober les deux genres, oui oui, et chers concitoyens suffit). 
  Dessiner demande de la consentration (car consentir à la concentration est important) et un petit peu de souplesse. On veut atteindre un bon niveau de pratique et pouvoir dessiner n'importe quoi, mais on a du mal a accepter que n'importe quoi est aussi dessinable, et qu'un dessin raté a autant de valeur et peut autant s'encadrer qu'un autre. La preuve les dessins des gosses posés avec des magnets sur le frigo. Mais c'est des gosses on me dit dans l'oreillette, et je réponds oui, et nous sommes des gens sérieux, nous aimons les scènes de chasse bucoliques et les arbres ressemblants. 
  Pourtant, il y a toujours, j'y aspire et je l'espère, un moyen de rassembler le dessin raté et le dessin parfait, pour soi et aux yeux des autres. C'est un tour de magie nécessitant (cessant l'hésitant) chocolat et paroles rondes. 
  Je tente de dire depuis le début, avec maladresse ou simplicité, que la voie du dessin, ou de la peinture, est un enseignement qui se rejoint du laid au beau et du beau au laid, c'est nouveau, il fallait l'inventer. Cela se crée dans un temps lent qui n'a pas la vitesse de connexion d'une maison à pieds de poule.
  La main ira alors rejoindre l'esprit et pourra contenter à la fois les attentes des puristes de la reproduction qu'on croit parfaite, et les démons de l'imaginaire qu'on veut contrôler en continu. Et l'on pourra en fin d'année scolaire, semestrielle ou lunaire, décider que oui, ce à la manière de est tout aussi créatif, constructif, formateur que ce exactement comme, pour enfin peut-être après des années de judo, décider que regarder le monde est la plus pure manière de le dessiner parfaitement.

mardi 14 mai 2019

81.LCDçVM 6 : Comme un flou d'hologramme.

  Monter le chauffage en mai, avant toute chose, et laisser la porte ouverte parce qu'il fait plus chaud dehors. Et mettre un fauteuil devant la porte pour éviter que des gens entrent alors que je suis en plein brainstorming avec l'équipe là-dedans. L'attitude généreuse du panda ne doit pas me faire oublier que je suis un vieux bambou.
  Alors, que faire ? Que décider ? Comment régner sur son monde ? Quel média social attaquer de plein front en sachant à l'avance que ça va faire huit vues parce que tu ne parles pas d'écologie ou d'un chanteur connu ou d'une fake niouze en vogue qu'il serait bon de remettre à sa place parce que le Frexit les copains ça risque de chier des bulles face au mondial de la moquette ? 
  Rester le sujet principal de ton travail n'est pas vendeur, surtout si tu ne participes pas à une émission de cuisine ou un truc de survivaliste sur une île perdue engloutie bientôt. Il faut te remettre en question et produire quelque chose. Mais si tu ne veux plus produire quelque chose, seras-tu considéré comme un déchet et mis dehors avant le prochain terme pour délit d'improductivité ? Comment trouveras-tu l'absolution, l'illumination, la grotte céleste avec la Vierge qui clignote ou le parchemin transparent qui reflète ton museau noir dans un éclat d'imprécision dubitative qui floute un peu les yeux et moite un peu les mains ?
  Le chemin est parcouru, les râteaux engrangés, les erreurs admises, les arbres sont beaux sous la ramée sauvage. Le chaud se profile, le permis dragon est en suspend depuis plusieurs mois, le garage en créneau dans ton cœur de chamois d'or, relatif. 
  Tu fais des phrases qui ne veulent rien dire et tu te plais à expliquer que le poulpe est en toi et que ta vitrine veut du tentacule, même si tu n'habites pas Sète et que sept fois sept quarante neuf, même si les images de ta vie surgissent comme dans un manga au moment où le héros allongé sur un tatamis un soir de tournoi de Mahjong trop arrosé de riz fermenté, voit des images de lapins carnassiers surgir devant lui alors qu'il n'a mangé qu'une salade de tofu aux pois chiches feta riz demi-complet de Camargue et un peu de persil parce que c'est riche en fer.
  Tu es enfin parvenu à la montagne du non-like, de l'imprécision précise, du grand final abouti non conscient. Tu dors mal avant la pleine lune. Tu participes au groupe des gens qui ne savent pas encore mais qui vont trouver là cet après-midi, demain, c'est sûr, et tu as besoin de témoigner tes pannes, de ne pas aller au mariage parce que tu n'as pas de chapeau, pour embaumer virtuellement et d'une fragrance accessible et douce, suave et pleine de muguet, cultivé sous serre en Hollande. Les amis et connaissances, soutiens de la première heure qui sont en attente du big bang, du moment crucial où enfin, avec eux, tu franchiras ta névrose, le rubicond et quelques morts encombrants pour aller chasser l'oiseau magique affamé de chocolat, au Venezuela d'avant la crise et près de la chute. 
  L'Australie te semble loin, le cahier des charges aussi. Les carnets remplis d'idées t'obligent à agir et former une nouvelle ligne de codes pour entamer le voyage au Japon parce que Nul n'est prophète en son pays, surtout en plein Ramadan, et que peut-être une bonne guerre ou un cataclysme fou aiderait les cheminants sans strass à déployer leur talent d'infirmière dans une boite de strip-tease d'un pays oriental où l'eurovision passe en boucle les succès passés des jeunes filles noires et blanches d'un télétruc qui grésille sous les pluies acides d'un Runner au flingue holographique qui se tourne vers toi et te demande avec un accent belge : - Vous avez pensé à recharger votre bouteille d'huile de palme ?
  Tu te protèges du réel comme tu peux. Ton gri-gri donné il y a cent ans par un ami marocain disparu depuis dans le sable du temps, pendouille et énerve. Les policiers pensent à de la drogue, alors qu'il ne renferme qu'un petit caillou, ton ami, ton frère, ton projet ultime ressassé dans les nuits d'ombre, cette folie secrète d'une cérémonie fluide, où tu rêvais d'être quelqu'un enfin, reconnu par ton reflet, devant la pile de crêpes qui t'attends sous les yeux des esprits réunis pour ton anniversaire, et tu sais que ce n'est qu'une écriture de mieux qui t'aide à croire qu'un jour tu auras toi aussi ton potager radioactif et ton émission à effets de serre de conseils pratiques pour manger quel grillon.
  Et pour le succès, je veux dire pour celui que je vis au quotidien, il approche à grands-pas comme le Strider du même nom qu'on reconnait à sa frange revêche et ses chaussures boueuses devant la maison en pain d'épices où il vaut mieux affuter ses couteaux avant d'entrer dans le four. J'espère que la tempête sera assez forte pour m'emmener chanter des rimes devant un parterre d'extra-terrestres massés sur la rive, habillés de bleu, et qui, au troisième chant, sortiront leur blasters en criant à mort les hérétiques, nous obligeant à lever l'ancre fissa pour éviter le lynchage et le remboursement des places.

mercredi 8 mai 2019

80.LCDçVM 5 : Flamboyante discrétion.

   Je ne suis pas un enfant au passé brillant et à la migration facile, j'aurais bien aimé rebondir sans crainte au moment idoine, marsupial bondissant, mais j'avais des gants de boxe au niveau des yeux, à la façon d'un kangourou d'Australie engagé dans un club de Scrabble pour échiquier russe.
  Quand une femme m'a proposé Paris, j'étais si apeuré du monde que j'ai préféré rester chez mes voisins bruyants. J'ai mis du temps à m'en vouloir, et à respirer du lait par le nez en toussant. Et puis j'ai mis du temps à ne plus m'en vouloir et à accepter d'entrer dans la narine yougoslave, trésorier du pif dans les Balkans pacifiques. J'ai quitté mes voisins et épousé une belge. Sans alcool. On a des océans communs.
  Entrer en relation peut parfois prendre la tournure d'une odyssée de longue baleine, comme je dis toujours, et se comprendre, ou se faire comprendre peut prendre des années solaires. Les relations sont des compromis aveugles parfois basés sur des malentendus qu'on élucide au moment du dernier souffle, car monter quatre étages sans respirer pour arriver avant l'ascenseur demande de bons mollets. Le lâcher-prise et l'étalage sur tapis pour étirer les os, aide un peu.
  On se découvre et on se plaît, ou on croit qu'il y a mieux zailleurs, et on tente autre chose en reprenant là où l'on croit s'être trompé, pour se souvenir soudain que la bergerie était belle entre deux fatigues montagnardes, et que le lait de bique vaut bien celui des chamelles. C'est souvent un problème sexuel basé sur les échanges de fleurs. Le langage printanier peut devenir grossier.
  La vie sévère ne me convenant pas, je peaufine le nez rouge en caressant ma chatte. Avoir des animaux à la maison permet de ronronner paisible. L'échange s'est apaisé et j'ai repris du poil. De la bête en pleine lune et dans la main en pleine ville. Paris m'est apparue sous un jour nouveau. Zoner dans les parcs, entreprendre de trouver un endroit où pisser en paix loin des caméras et sous les roses. Moi qui aime à boire des litres de thé l'après-midi, j'ai restreint mes soifs au minimum pour apprécier plus longtemps les chinois devant les tableaux italiens, smartphone au niveau des yeux, concentrés, pour que l'image qui bouge pas entre dans le téléphone qui bouge, lui, et la file se disperse vers un autre peintre connu, coincé entre deux alarmes un samedi soir de cohue alors que dehors le soleil perce aux Tuileries sous les nuages flous.
  Je me sens proche des clochards et des migrants, figures invisibles sous des cartons plaintifs, renfoncés dans les portes sombres au milieu des tours Eiffel clignotantes, avec des yeux fatigués comme un touriste sans joie obèse qui se repose sur un banc de pierre derrière la statue en marbre blanc de l'ange cul nu embrassant la mariée.
  Il y en a tant des pauvres, des sales, des boiteux, des qui louchent, des qui puent, des qui parlent tout seuls sans oreillette Apple. J'ai dû passer deux jours au jardin des plantes, allongé sur un banc pour temporiser l'émotion du vortex intérieur, en manque d'arbres et d'oiseaux, à observer les chorégraphies des enfants et des adultes accompagnateurs qui expliquent, qui rationalisent, qui classent et resserrent l'étreinte de la fantaisie inventive (il faut bien les tenir sinon c'est le bordel) parfois plus ignorants que le ramasseur de papiers gras qui ne confond pas les tulipes avec les coquelicots. Il y en avait des biens aussi, tout de même, où l'on sentait que ça circule et que la remise en question éducative amène au jeu de dupes, même avec cinquante ans d'écart.
  Au muséum, j'ai vu des installations de dessous l'océan, notre consommation de plastique qui rejoint les grands fonds lumineux, un seau jaune à pâté-châteaux abandonné prêt d'un poisson à la lampe frontale qui clignote, avec une gueule pleine de dents qu'on aimerait coller sur une affiche électorale d'un parti que les gens simples ou méchants veulent voir à l'action pour nettoyer le monde de la vermine. - Grâce à nous, ils n'entreront pas ! - Mais ils sont là ! - Oui, mais ils n'entreront pas. - Mais ils sont là... Litanie connue.
  Le nettoyage  des plages de silence est entre nos mains, nous ne pouvons pas vraiment attendre que les pouvoirs publics mettent en place des solutions inutiles qui satisfont les plus qu'aisés et endorment les Moyen-Âge (singulier invariable) qui n'agissent que peu. Cluny lingus et spiritu museo, ça veut rien dire mais je voulais la placer pour faire latin.
  Et pour le succès, je veux dire celui que je vis au quotidien, il ne m’enlèvera pas l'idée que garder une cathédrale brûlée avec des mitraillettes pour éviter qu'on s'approche à moins de cinq cent mètres est un peu idiot. J'espère que la tempête sera assez forte pour m'emmener voir le cochon Tirelire, qui de son groin magique transforme en visions la moindre flaque d'eau tranquille d'un monde qui a soif d'avenir vert et de progrès décroissant.

vendredi 26 avril 2019

79.LCDçVM 4 : L'esprit des cabanes.

  En tant qu'artiste plasticien d'écriture à miquets autonomes, électron libre qui finira vacataire chez Spirou, peut-être, je m'associe à tout ce qu'on tape dessus sans raison valable. Même si je préfère rester chez moi à lire des livres ou voir des films plutôt que battre le pavé, en attendant que tout soit payant même les portes pour sortir de chez soi, et qu'on ne puisse plus rien dire sous peine d'être lynché ou proscrit ou les deux ou obligé de lire le Figaro dans un cabinet de dentiste dont le nom de famille évoque les camps de la mort.
  Pour réussir dans sa branche quand on peint des arbres et qu'on a du mal avec la fin du monde que les humains s'entêtent à croire que c'est dans très longtemps parce qu'on habite du bon côté du globe et que les pesticides on a toujours fait comme ça alors pourquoi changer, j'ai traversé pas mal d'allées et venues pour savoir ce que j'avais envie d'avoir envie.
  J'ai venu et je suis allé pour de multiples raisons humaines que je pourrais développer dans des livres souvenirs à la Marcel Pagnol avec les passages croustillants sur la famille qui découvre un merveilleux midi juste avant la boucherie de 1914, manière de dire que tant qu'il y a de la vie et des souvenirs de tartes aux fraises, y'a de l'espoir, mais non. J'ai trop peur de dire que l'éducation que j'ai reçue m'a transformé en névrotique sans initiative, et c'est pas bon pour le commerce. 
  Je me dois de montrer que je suis beau, bien que maigre et léger avec un torse de poulet et un bidou rebondi et flasque, enthousiaste, je t'avais dit que je le disais tout le temps, magnifique et entraînant, même quand je me tord la cheville avant d'aller à la capitale pour livrer une toile roulée à une connaissance agile qui m'encourage à prendre le métro alors que je ne suis pas capable de me décider quand la ligne est droite.
  Je laisse poindre en moi le jardinier sauvage dans sa maison de campagne pas très loin d'une gare, si elles existent encore après l'invasion de zombies en drones volants qu'il faudra abattre à la fronde explosive et au lasso à boules.
  L'imbécilité qui nous demande d'être patient parce qu'on se dit ce sera pour plus tard, commence enfin à me quitter lentement, comme la mue de poils de l'hiver d'un diable de Tasmanie en reconquête d'un territoire sur les montagnes rouges sacrées d'une Australie rêvée.
  Car si j'ai la chance d'entrer dans le musée de l'Orangerie, où apparemment il n'y a pas beaucoup d'arbres fruitiers, ce sera peut-être un peu en moi comme un souffle de ce passé fugace où je construisais de précaires cabanes dans les bois autour de l'école, cabanes toujours détruites en groupe et brutalement par l'équipe du Gros Robert, qui fera dire à mon père cette phrase qui restera à jamais gravée sur mes tables de Moïse : "Dans la vie, il y aura toujours des Gros Robert". Et je vois mon paternel repartir vers son quotidien féroce du monde des affaires quand je ne souhaitais qu'être une fille à qui on fout la paix tant qu'elle ne sera pas en âge d'avoir un mari, et aller jeter des cailloux sur les vitres des maisons abandonnées proches de la voie ferrée où l'on rentre le soir en riant comme des bossus transylvains au service d'un monstre élégant, boire des bières en jurant, fumer de la mélisse et rouler des pelles à mes poupées et leur faire des tas d'autres choses que les êtres purs que sont les enfants ne pouvaient pas imaginer sans Internet à portée de main.
  Et pour le succès, je veux dire celui que je vis au quotidien, il commence à me tarder dans cette volière merveilleuse que je monterais un jour, souhaitons-le moi, écrite il y a très longtemps par un poète Athénien qui n'aimait ni la guerre ni les procéduriers quotidiens aigris des cités grouillantes. J'espère que la tempête sera assez forte pour m'emmener voir Taupe et Rat dans le manoir de Crapaud, ils s'y seront abrités le temps que ça se calme un peu, ils y auront certainement, le temps d'un thé, des questions à mes réponses.