mardi 15 juillet 2025

144.Le vent dans l'Esso.

   Après je fais ma rabat-jouasse avec les feux d'artyfesses (mes oncles disaient toujours ça, mon paternel aussi, je ne sais pas quoi en penser, j'ai donc mis un y pour faire style) mais j'aime ça quand même les couleurs et les formes, sinon je serais pas peintre en bâtiment. 
  Il y a juste que le bruit ça tue des oiseaux, ou ça les fait fuir des nids et après qui c'est qui va promener le chien ? Ça leur fait peur aux chiens, d'ailleurs, (et les chiens d'ailleurs c'est flippant croyez-moi) et ça fout le feu à la pinède tant qu'on y est, et parfois à la robe de la première adjointe, on a encore dû évacuer Santa-Monica et le président a voulu serrer la main aux pompiers en leur expliquant que c'est la faute à pas de chance, avec plus de goudron on aurait évité que la nature s'en mêle. Jack a cru faire le marrant en ajoutant "et des plumes", il est en taule. Mais c'est pas parce qu'il est noir on nous a assuré. La caution est pas trop élevée, on va faire un loto s'ils le changent pas d'État avant jeudi. 
  Avec la technologie des drones marrants qu'on expérimente vachement dans le monde en ce moment, on pourrait créer des figures dignes du Roi et L'Oiseau, je crois qu'il faut mettre des majuscules aux deux personnages. Un peu comme la Bergère et le Ramoneur, voyez. Je m'éclipse. Simuler le bruit pour faire boum quand même à la fin, ce gros boum qui fait trembler les chaumières et nous rappelle que ça vient de Chine, comme le reste. Ou alors on dirait au micro : et maintenant, on va faire le boum de la fin, vous êtes prêêêêt ? (ouaaaais). 3, 2, 1... Si l"humanité gueulait boum à chaque fois qu'on l'emmerde, y'aurait même plus besoin des guerres.
  Aujourd'hui que je suis seul, j'ai fait le voyage en véhicule pour aller voir un poète et sa maison à la ville honnie, c'était bien mais c'était long, la route. Pas le courage de prendre le bus ou de faire du stop qui marche pas ici. J'avais jamais passé par cette route (c'est joli j'avais jamais passé, non ?).
  Je me répète, et chaque fois que je dis je me répète, je me répète, on est trop nombreux à rouler. Faudrait des cartes artiste premium (je sais pas si je me répète, j'ai pas tout relu, mais j'ai déjà pensé à l'idée quelque part) de l'entreprise Platon DTC. Quand l'artiste se promène, vous restez chez vous et ça pollue moins. Maman, y'a un artiste qui prend sa voiture, on fera les courses demain ! Les artistes au pouvoir, le bordel dans l'abreuvoir.
  Sur les côtés, une biche effarée qui sait plus comment rentrer dans les bois, y'avait des grillages, j'ai pas vu exactement, effrayée par le bruit en plein jour, n'ose pas aller sur la route voit bien que c'est chaud, j'espère qu'elle n'y est pas allée, je peux pas ralentir, je me dis inch'allah parce que si on s'arrête pour la guider elle risque de paniquer encore plus et de faire un soleil. 
  Derrière moi j'ai une grosse caisse blonde qui déborde en guimauve avec lunettes et moue qui moue et me colle parce que je vais pas assez vite à son goût et qu'elle peut pas (encore) doubler parce que  justement à côté y'en a qui vont assez vite et même plus, c'est rageant Jean-Gérard ! Respecter les distances de sécurité c'était pendant deux semaines après son permis, il y a quarante ans quand elle a eu sa première Rolex. Après elle a commencé a rouler plus vite pour arriver plus vite parce que ça va plus vite. Le permis à points c'est du vol, non mais !
  Plus loin y'a une bête écrasée au milieu sur la route à 80 kilomètres heures qu'on te dit que y'a des radars mais qu'on te double à 110 parce que y'a qu'un seul radar sur le long tronçon. En haut, des buses variables, des oiseaux de proies, des aigles ou des faucons qui tentaient de récupérer la dépouille en tournoyant au dessus, sans doute pour organiser une cérémonie entre bêtes. La buse pique et fonce au milieu de la route pour prendre le paquet, mais les gens roulent roulent, alors il prend pas et remonte aussi sec. J'en peux déjà plus.
  Quand aurons-nous le temps de faire autrement que vite, une charte où les animaux, écrasés ou pas seraient immédiatement pris en charge par les personnes pas forcément compétentes que nous sommes. On voit des bêtes, hop on s'arrête. Joli slogan. Et tout le monde est content et on se rencontre on fait des piqueniques et c'est pas grave on ira acheter une table quatre chaises pliantes blanches en plastique dur en promotion une autre fois. Reprenez du clafoutis (ah, y'avait longtemps).
  Un monde sympathique où la nature est vénérée et active en nous, où on ne sépare pas la bête de l'humain, où en gros, on commence par regarder, écouter, sentir ce qui nous relie là partout tout le temps, ce que l'on est vraiment, des petits riens dans le grand tout. La concurrence des fauves commencerait par un jeu de piste pour reconnaître les crottes. On se promènerait déguisés en tapir persan, avec des motifs et tout, et on ferait des tas de pommes de pins à enflammer ailleurs pour les feux de la Saint Renard. Un monde dessiné, intégral, intégré, intégrateur, détonant détonatour, en bus à deux vitesses à deux étages, le direct et le pas direct, et un troisième pour les enfants, et la violence se canaliserait dans les caresses.
  Oh, oui, personne ne serait à l'abri d'une pulsion morbide, d'une massue à pointes ou d'un dérangement meurtrier, mais on pourrait peut-être, entre deux visionnages de Kung-Fu Panda (les films les plus arts martiaux Queer animalistes que je connaisse) développer le concept que les cabanes améliorées d'observation dans les bois, c'est possible, c'est gratuit et y'a un flou dans la loi personne a dit qu'il était besoin de se doucher autant si j'ai parfum pin des landes dans mes cheveux crêpés.
  Et moi, petit kraken joufflu au milieu d'une réunion de cachalots anonymes, je dirais le respect que j'ai pour les milieux marins, et malgré l'éclat bleu des yeux des mosquitos, témoignerais, un peu honteux, de mon goût sans détour pour la tapette agile.

lundi 14 juillet 2025

143.Révolution dans mon salon.

  Le précédent message était un recyclage, j'avais tant pas tant pu publier ces derniers mois, occupé que j'étais à comprendre mon existence, que je me suis recyclé des sujets de combat de la dernière heure. Je l'ai déjà dit ici, je suis un guerrier sans panache, avec une crainte viscérale des coups dans la face, trop habitué au logique : un homme, une arme, une bavure. 
  Aussi je me rétracte au moindre fumigène, les feux d'artifices me plaisent seulement en lecture dans le Seigneur des Anneaux, et la foule me fait penser à un dragon aveugle éternuant sur un chargement de nitroglycérine. Alors, là vous me voyez, je fais le malin en dénonçant des trucs que je trouve pitoyables genre je suis abonné à Libération (mais plus pour longtemps, j'ai résilié) mais je serais pas sûr de le faire dans la vraie vie de pas l'Internet. On peut se surprendre à être courageux quand on est acculé, mais acculé qui sera bien acculé le dernier, comme dit le dicton.
  D'abord parce que je viens de perdre une dent du fond, soignée par un dentiste précautionneux qui m'avait écarté la mâchoire comme dans un film de Terry Gilliam, et y avait passé bien une heure avec son assistante à cimenter le tout comme si c'était une ruine, et il faut croire qu'elle n'a pas supporté, pas l'assistante, qui était quand même bien conservée pour son âge, mais la dent. Elle est tombée comme ça alors que je mangeais du melon d'Espagne. Je l'ai mise sous mon oreiller, le lendemain y'avait toujours la dent.
  C'est confus. Je me reprends.
  L'idée c'est de poser les idées sur le matelas comme on dépose une princesse qu'on aime toujours même quand elle pète, j'ai une hargne désolée pour le capitalisme triomphant mais je n'irais pas à Notre-Dame des Landes pour affronter les CRS et les tanks du petit banquier. Enfin, j'irais bien aujourd'hui parce que c'est fini mais hier moins. Je trouve pathétique l'attitude des élus qui pensent comme des voitures et qui n'ont que le courage des urnes de leur deuxième tour, mais que faire ? Mettre du fumier partout pour dire on veut plus de pesticides parce qu'il n'y a pas d'autres solutions pour produire plus de monoculture et faire plus de betteraves, plus de maïs plus de cancers, et là tu gagnes ? Le combat me semble déséquilibré, un peu comme moi.
  Quand tu expliques à un pégu (pardon mais j'ai quatre ans de campagne derrière moi, même si là je me la joue reposé du zizi dans une réserve de blindés) que le problème à ses problèmes de pégu, c'est pas les ronces ou les insectes mais le capitalisme qui l'oblige à faire plus pour gagner plus, ça ne l'empêchera pas de foutre des produits dégueus sur les deux, mais pas sur le capitalisme. Nous vivons dans un monde tant cynique pour arriver au sommet, qu'on se demande si le sommet ce n'est pas la base. Cette phrase est jolie mais ça étaye pas bien mon propos.
  Souvent je résume, il y a les ceux qui pensent à garder leurs postes, et les autres. Perso ça ne me dérange pas de faire l'amour l'après-midi j'ai rien prévu de ma journée, mais si tu vois arriver des monstroplantes dans le champ de blé, c'est que la fête devait être interdite et t'as pas entendu l'annonce ou l'hélicoptère, foutu souffleur de feuilles qui m'a pris mon ouïe parfaite comme on prend une baffe parce qu'on a emprunté un vélo pas attaché à un mec pas compréhensif. J'aurais dû continuer le Judo.
  Quatre ans de village et de personnes âgées m'ont fait comprendre qu'il faut faire propre pour être heureux. On enlève les mauvaises herbes (tout ce qui dépasse du bitume en gros) on passe le roto partout où c'est possible, la tondeuse c'est à six heures quand il va faire trop chaud, et bien à ras pour que personne ne dise qu'au village sans prétention j'ai mauvais réputation.
  Mon dégout de la violence et ma lâcheté face à l'ennemi viennent peut-être de ces après-midi d'été à voir mon père s'échiner à tondre et retondre et couper et brûler tout ça dans la grosse boite en fer qui ressemblait à un robot du Docteur Who, avec les flammes qui sortaient sur les côtés du chapeau. C'est difficile à expliquer quand t'as pas vécu.
  Aujourd'hui, dans le jardin abandonné où j'ai pris mes quartiers pour fuir les concerts de la cour au bar de mon bled, à la campagne, c'est pas toujours calme faut pas croire, je ne tonds pas beaucoup. Ça déborde, ça dépasse, ça pousse n'importe comment, ça tombe et je relève pas. J'essaie de prévenir un peu les ronces au sécateur, un peu, parce que ça pique, l'espace restreint n'offre pas un champ pour cacher des bêtes dessous. Je tente de replanter un truc ici ou là, mais je garde l'herbe aussi mal peignée que possible. Et j'entends autour de moi les tondeuses rugir d'attente et de dégout pour mon attitude de pleutre face à l'évidence d'un brin à ras, les coupes-coupes en plastique se lèvent derrière les murets, les souffleurs de feuilles, encore eux, en plein cagnard bagnard s'assemblent derrière le portail et rugissent en attendant que j'appuie sur la télécommande, les sécateurs pleuvent, les voisins grondent, je vais aller chercher une caisse de nitro si je ne veux pas me faire mordre.
  J'en ai vu un, il y a une semaine, à trois heures de l'aprèm PM, 30 degrés à peine au soleil, bord d'avenue, avec tondeuse à main bien ancrée dans ses hanches, tenter d'égaliser l'herbe morte devant chez lui, avec la poussière jaune qui l'accompagne et le sourire du satisfait qui fait une chose essentielle dont le sens doit avoir pour lui un sens qui fait sens. Plus tôt c'était taillage des pauvres buissons séparateurs cycles/caisses, en face, par les amazones de la mairie, qui font des carrés gagnants pour pas que ça dépasse, avec les toujours souffleurs pour envoyer les branchettes sur le côté, c'est plus long qu'avec un balai mais ça en jette un max et ça fait du bruit pour qui veut se plaindre, ben oui mais on travaille madame.
  Vous me direz, quel rapport entre la crainte de prendre des coups et la littérature métaphorique de dénonciations convenues si tu as un peu de pensée arborescente ? Et bien je ne sais pas. J'ai peur de beaucoup trop de choses pour être cohérent. Trois jours que je ne suis pas sorti, quand je vois des gens bouger derrière les palissades, je rampe comme un lézard mort retrouvé inexplicablement noyé dans le petit pot en plastique que j'avais rempli pour les oiseaux. Ça m'a fait un chagrin immense. Mourir noyé quand on a soif, c'est con quand même. 

dimanche 13 juillet 2025

142.Un petit pois dans une catapulte.

  Bien sûr, je m'étais dit que j'aurais pu retrouver l'équilibre entre les numéros du blog et ceux de la vidéo de la semaine, communiquer dans l'ordre, obtenir la magique balance entre les arts précieux de mon expression personnelle dont j'ignore si elle trouvera son public dans la durée de mon talent imparti pour un délai qui court de là à là, mais il eut fallu que je m’attelasse à l'écriture de ces bulles d'air, et ces derniers mois je fus happé par mes rougeurs rugueuses d'arrières genoux dont j'ai tardé à faire disparaître les séquelles. Ce que c'est qu'être vivant.
  Maintenant que mon messenger remarche pour des raisons techniques que je n'arrive pas à élucider sur le site réseau social de la mort qui tue où les milliardaires perdent de l'argent à cause d'un gros type orange imprévisible qui gesticule et dont on devrait franchement ignorer les one-man-show, je suis de nouveau en mesure de faire coucou aux gens à qui j'écris pour leur demander s'ils ont bien reçu mon courrier, bien que je ne le fasse pas, par crainte de ne pas être répondu. Ce que c'est qu'être une fille fragile.
  Je n'ai pas encore eu de non livré à cette adresse dans ma boite de la rue Émile Zola de Dordogne, où je ne sais plus trop si je vais revenir beaucoup. 46 personnes à ce jour. Je ferais peut-être mieux après quand j'aurais le hangar à tabac. J'ai tant d'amis lointains depuis que je ne sors plus. 
  Je me suis intenté/inventé/éventé des fans sans leur demander leur avis (À ce propos je devrais renourrir mon Tumblr, encore un truc que j'ai laissé de côté). Peut-être préfèreraient-ils que ce soit moi qui leur envoye des timbres réponses, un nouveau concept : si vous renvoyez ce bon d'abonnement en trois exemplaires, votre vie va également changer en trois exemplaires. 
  Détriplement de la personne alité. Se coucher sur papier pour survivre au razorback, le poil qui le lendemain que tu l'as coupé, toujours revient.
  Se répliquer n'arrange pas tout si j'en crois les mésaventures du pauvre Mickey 17, un bon coréen que je conseille même s'il n'est plus dans les salles de Province, le capitalisme poussé à l'extrême qu'on me dit, parce qu'on peut faire pire qu'aujourd'hui ? Faudrait m'expliquer. Ou plutôt faudrait expliquer à ceux qui sont les perdants de la roue du loto de l'aide américaine, soft power DTC (c'est Dans Ton Cul mais je suis poli alors je mets que les majuscules). 
  On arrête les frais pour aider les gens de loin, ça sert à rien d'aider les pauvres et les femmes à penser comment vivre (un petit peu) mieux en lisant se soignant apprenant des bases pour s'en sortir, programmes de soutiens solaires, ils achètent pas assez de coca et c'est pas des clients de mon hôtel de luxe. Si Dieu bless l'Amérique, ça fait longtemps que le Grand Esprit se fout de sa gueule. Retour de karma des années maudites de la colonisation sans faille des crapules de l'ouest qui croyaient durs comme fer à un mec en croix. Danse avec les clous.
  L'humanité est un grand remplacement permanent, ceux qui ont les subv' sont les meilleurs, toujours. Du Portugal conquérant à l'Espagne grandiose en perruque en passant par la Louisiane en bicorne, ils croient en eux, dur, ils ont des lamas aux poils courts avec des selles de vache dessus, ce sont des centaures couillus plein de vin et de souffre, avec des fusils sans fleur au bout, et ces cons d'indiens n'ont pas de barbe, j'y reviens, il paraitrait que ce sont des personnes qui se mangent entre eux pour de vrai, c'est mal, nous on symbolise, c'est mieux. On est ci-vi-lisé.
  Ailleurs on te dit que l'autoroute ou la déviation à millions, c'est débile, mais tu insistes si tu diriges la région, on a tant investi tu comprends, ce serait dommage de laisser tomber, ça crée des emplois tu comprends, rien que pour ceux qui construisent, déjà. C'est des copains âgés qui voulaient le tracé il y a vingt ans de ça un soir de beuverie au relais du château. De la blague avinée au bulldozer ingrat, c'est toujours des vieux mourants qui veulent continuer le travail pour que les jeunes respirent pas bien, distribution gratuite de pesticides sur tartines de miel au goûter du  Sénat, on peut ? (c'est de l"humour, ne faîtes pas ça chez vous, les artères bouchées feront le travail avant le poison).
  Important le bassin de l'emploi, ça permet de générer du salaire et des pelleteuses, des impôts, des péages des ronds-points avec des noms chanmés, "Giratoire des croutons qui décident", il faut que ça avance. 
  Les logements sociaux, bon, dans le Sud, et un peu partout mais surtout dans le Sud, on s'en branle, ça génère pas assez de revenus, les pauvres mal éduqués n'ont qu'à traverser la rue à la nage. Par contre un grand axe routier, ça permet d'aller plus vite au boulot, bon, c'est cher le péage mais si t'es pas content tu prendras l'autre route qu'on a pas retapé et pis c'est tout. 
  Les gens qui vivaient sur place avant la grosse ligne, on les a viré, les ceux qui défendaient la zone, on les a fait tomber des arbres, puis on a détruit les jolies maisons et relogés les gens dans des immeubles, on est passé au milieu des fleurs qui gênaient avec le goudron et le sable. Pour passer en face avec un arrosoir c'est moins aisé. Le propriétaire du château à côté, on lui a mis les deux fois quatre voies pas loin, c'est quelqu'un qu'on aime pas, machin a dit à truc que ça lui ferait les pieds, rien à péter du monument historique, le progrès Robert, comme dans les années 70, merde. La justice a dit, mais un peu tard comme dans la fable, que c'est pas utile votre projet où vous aviez pas encore les autorisations, là, vous arrêtez le chantier. Oh, mais on a déjà viré tout le monde et tout détruit, c'est con de s'arrêter maintenant, on avait même prévu une aire avec la radio à fond dans les toilettes à camions ! Vite manifs en cocardes ! Libre échange bordel ! Du béton du béton ! Les magistrats c'est des faibles, on s'en branle on vous dit. Ma trace dans l'histoire de l'humanité dans ton slip. On revient toujours aux pneus. Les renards observent de loin le truc. Pour visiter l'ancienne prairie au bout il faudra un peu de perte. C'est joli un renard qui vole, avec une cape et une mitraillette dans un ascenseur c'est mieux.
  La violence démesurée du capitalisme, qui n'est pas si vieux que ça et se transforme déjà en un truc hybride SUV sur parking payant, me fait penser à un socialiste qui croit qu'on va encore voter pour lui aux présidentielles. C'est en train de mourir et ça veut tout emporter avec lui dans le trou noir rien que pour ne pas se remettre en question dans la destruction de tout ce qui l'entoure.
  On est peut-être passés à un monde gratuit sans vraiment s'en rendre compte, quelques robots gestionnaires nous font encore croire qu'on a besoin de payer des programmes, et pourtant les mandarines même pas abîmées sont gratuites à la sortie du LIDL.
  Je vais bien, je dors beaucoup, je découpe ma vie en morceaux pour tenter de voir de quoi demain sera cuit. Depuis ma villégiature de faux riche en attente de l'héritage, je prends des moments pour aller promener papi qui ne sait même plus combien il a fait sur son compte. Le banquier garde un bon souvenir. C'est l'essentiel. 

jeudi 30 janvier 2025

141.Supersceptique.

  45 pages par semaine de dessins, mon mag perso private joke, des trucs divers et variés, ce serait pas mal. Gribouiller, délirer, dire des impossibles blagues, mais pas les mettre en ligne parce que j'ai envie de vivre en bonne santé et de garder mes dents, ou alors je fais des diversions, ou je redessine le dessin, je sais pas. Collégialement débuter avec son équipe de tête, faire des réunions, recoudre mon blouson rouge (c'est à cause de la fermeture éclair qui s'est pétée) enlever mes baskets rouges (aussi, tiens) décroiser les jambes, enlever également ce casque sur mes oreilles qui ne diffuse rien du tout.
  Bon, je reprends. J'ai pas réussi à me concentrer sur le premier texte parce que fallait sortir le petit chien qui déconne après les croquettes. Elle voulait pas faire pipi, juste sortir. Des fois je la fais courir, mais je fais gaffe parce qu'elle se met en travers et je chute.
  J'ai des films à voir, le Procès de Orson Welles de Franz Kafka, le Fabelmans de Spielberg parce que je sais pas, ça me donne plutôt envie de revoir les Indiana Jones, les 3 premiers, les seuls. La suite je n'y crois plus. Dans le 5 (le 4 je n'en parle même pas) il est vieux et en slip avec une batte de base-ball et du brandy dans son kawa. Le Indy 5 avait une intro de fou, mais après c'est parti en saucisse. Peut-être je vieillis, mais j'accepte plus qu'on tue des gens pour rien pour montrer que les méchants sont des méchants. Un méchant qui tue, c'est ok, on a besoin de savoir que tu es méchant, mais en même temps je me dis, et si on montrait un méchant vraiment méchant qui tue pas ? Je suis un foldingo.
  Les idées font un symposium, j'espère commencer à repeindre des trucs, pas forcément sur de la toile, des bouts de papiers, des bouts de tissus déchirés je sais pas. Je sens que je vais pas aller à Angoulême encore cette fois, dimanche y'a un pote qui fait un spectacle l'après-midi, je vais y aller. Avec Aurélia peut-être. La semaine prochaine s'il pleut moins j'irais voir mon vieux. Le courage du volant. J'aime pas aller là-bas. Pas que je veuille pas le voir, le trajet est trop plein de gens qui roulent et je me pose toujours la même question, mais pourquoi qu'on roule ? On est trop nombreux, on devrait pas rouler autant. Qui va où pourquoi faire, est-ce que c'est plus important que moi ? Pas que je me mette en avant, juste je m'interroge surprise. Le bruit, le vroum, la fumée, à quoi qu'on joue ? La plus grosse quéquette, la plus grosse tuture. Il serait si doux que notre monde ait axé ses motivations sur le livre qui va, se promène et voyage. Bibliobus autorisé, avec des bêtes au pas qui tirent le bus, à moins qu'on fasse pédaler dessous des anciens riches, des gnomes mécaniques ? T'as vu le dernier Wallace et Gromit ? Jamais sur de trop longs trajets assurément. La vie en ces temps sans route nous donnerait des villes plus proches, des raisons d'imaginer plus lentes. Le festival de les lunettes, spatiales et imaginaires, l'audio pour ceux qui voient pu. Pour se défendre des non lecteurs d'ailleurs, on les obligerait à faire des stages à l'imprimerie ancienne, il faudrait les olympiades du plus long mot à mettre à l'envers dans la casse. Tu m'étonnes qui z'étaient fort les intellos.
  Des vendeuses au magasin Brico Brico, plein, toutes assez masculines, costaudes à charrier des planches, elles ont des lunettes, me regardent très doux, des conseils de vis et de mélaminés. Je préfère le stratifié. Vous viendriez un soir chez moi planter une cheville à expansion ? Le magasin de fringues j'ai pas pu. Je suis comme un lapin devant un fusil, comprends pas, je fais bouger les cintres comme un bruit de flipper dans Brice de Nice et je choisis rien. J'ai quand même pris des chaussures premier prix faites par un petit vietnamien, histoire de faire marcher la roue, on y revient.
  J'écoute dans la voiture les chansons des dessins-animés de ma jeunesse à gober des séries, déjà, ça finit sur les feuilletons policiers. Mélanges de disco et de musique du futur qu'on imaginait comment que pourrait être le futur. L'intro des cités d'or, le passage parlé de Goldorak, gros bon trip. J'ai même une ou deux émissions de télé. Enfin Récré A2 ! Les années 80 c'était l'époque où les baguettes faisaient trois fois la taille des baguettes d'aujourd'hui, la farine était peut-être moins pure, y'avait moins de graines, mais ça croustillait sévère. Combien de temps que j'ai pas trouvé une baguette qui croustille et chauffe plus longtemps que le temps qu'elle sorte du four ? Quignon monsieur, quignon madame. Mets ta main dans le toaster tu m'en diras des nouvelles.
  J'envisage l'abolition de la violence en relisant la complète d'Elric de Melniboné, avec son épée buveuse d'âmes qui a buté sa copine parce qu'elle avait faim (l'épée pas la copine, ah merde j'ai spoïlé). 
  Et je me suis toujours demandé, si ton épée obtient de la force (et la redonne) en butant tes ennemis et tes potes, quand l'âme est bien essorée, elle va où ? Au recyclage ? Dans les gros containers à fringues envoyés en Afrique ? On relance un programme essorage ? C'est une vraie question.

mercredi 9 octobre 2024

140.Suppurer l'incongru.

  Nous avons tous des moments de déphasage plus ou moins constants avec le matériel, mais chez certains, c'est presque parfaitement toujours. Ferais-je partie de l'élite ? J'arrive parfois à m'en convaincre, rater la marche est un art à part entière, il suffit de ne pas trop souvent se tordre la cheville gauche pour éviter d'aller regarder le singe au plafond. Comme ça, ça ne veut rien dire mais rassures-toi Christine, je vais expliquer.
  Samedi dernier, mu par un élan de voyageur poussé dehors par le beau temps, j'ai tenté d'aller au festival de BD local pas trop loin en voiture, et c'est avec joie que j'ai fait trois arrêts boites à livres dans des localités inconnues. La boite à livre (avec ou sans s) dénote la mentalité du lieu. Quand elle est pourrie, mal rangée et placée à un endroit minable en proie à la pluie, au soleil ou au vent, ou les trois en même temps, je me dis, bon, c'est pas ici que je viendrais acheter ma ruine. Par contre, lorsqu'elle est bien entretenue et qu'on sent que certains locaux ont fait l'effort de classer les magazines avec les encyclopédies, je me dis, peut-être qu'ici, un bibliothécaire à la retraite prend soin de la cabine téléphonique.
  Mon voyage n'était pas initialement prévu pour des arrêts, mais je ne calcule pas toujours mon calcul, sinon jamais, dés que je sors, je sais que la réalité va me donner un coup de boule alors autant prendre son temps pour voir venir le tractopelle. Et mes loupés n'ont pas loupés.
  J'ai la chanceuse et malchanceuse déconnexion de ce qui m'entoure, me considérant plus petit que ma taille et moins fort que ce que je montre, j'ai une inconscience de moi-même qui frise le génie. Si je veux prendre en photo la drôle d'église, je me prends en reculant, un bitte dans la cuisse. Avec deux t, oui, et pam. Pourquoi cette commune a-t-elle eue l'idée de mettre des plots de bois élevés partout qu'on peut plus faire un demi-tour correct, aucune idée. Les décisions les plus crétines sont souvent motivées par le consensuel. Monique a dit à Martine que les gens se garaient trop sur la pelouse qui en a parlé au maire et sa femme a dit oui. Résultat, obligé de faire cinq cent mètres pour un demi-tour décent sans manœuvrer comme un âne. Bien que personnellement je n'ai jamais vu d'âne conduire un break, même dans les livres de Richard Scarry, c'est vous dire.
  Arrivé au festival de BD, j'ai compris en parlant à une dame bien mise sur elle (le genre de celles qui font des enfants pour pouvoir les ranger dans des boites) réglée comme du papier à musique et si ça dévie d'une note le sourire reste là mais on sent que la hache est dans le coffre, que le festival de BD c'est la semaine prochaine, j'en ai parlé à mon mari pas plus tard que tout à l'heure, ah oui je suis sûre, haha, désolée, haha. Je ne lui ai pas dit que ce n'était pas la peine d'être désolée, elle est partie vroum vroum dans sa grosse auto, droite sur son siège sans arrêter de sourire dans le rétro, et je me suis posé la question de que vais-je faire dés lors dorénavant à partir de ? Le pas qui suit enchaîne souvent l'autre qui vient.
  Ayant vu un homme passer lors de mon palpitant échange, et revenir presque aussi sec avec une baguette sous le bras, je me suis dit, mais oui voilà, je vais aller prendre une baguette. Ce que j'ai fait. À défaut de festival, autant coller des miettes.
  J'ai descendu les marches de la poste/mairie, sans avoir oublié de fouiner dans la boite à livre imitation chalet tout devant, et je suis allé chercher ma baguette. Devant le PMU jouxtant la boulange, j'ai vu de joyeux drilles qui sirotaient le pastis de 11h00 (on était samedi, ça va) et j'ai vite pris ma baguette, et un croissant amandes, et une chocolatine (j'habite le Sud-Ouest) mais pas un pain raisins (dit aussi pain aux raisins mais j'ai habité la Belgique) car pour des raisins, raisons, pardon, d'une mode qui m'échappe, il était farci sur le dessus de grosses boulettes de sucre blanc compactes, et c'est pas possible. Que revienne le temps de la part de flanc à 1euro50 qui nous comblait l'estomac et pesait 500 grammes, oh passé révolu, tout ça.
  Puis en remontant à mon break, j'ai failli me faire écraser par un jeune à casquette qui roule à cinquante musique à fond dans le petit virage derrière la mairie/poste pour se mettre sur le parking musique à fond, alors que franchement c'est pas une route non mais n'importe quoi lui. Je me suis demandé si je devais lui apporter un livre de la boite à livres (on peut mettre un s à livre des fois et laisser boite au singulier, je suis free dans ma tête, c'est quoi le problème ?) pour enrayer son destin de jeune qui roule trop vite en écoutant une musique de merde à fond, mais qui suis-je pour juger et en plus je n'avais pas de bombe anti-agression ce jour-là.
  L'an passé, j'ai descendu une pente en roulé-boulé pour suivre ma chienne, j'en parlais dans les vidéos de l'hiver, peut-être la 115 ou la 117 je ne sais plus, tout ça est si loin, et je me suis tordu le pied, je crois que c'est bien la 115 (qui m'a motivé à quitter la chorale pour commencer vraiment à m'occuper de faire des trucs pour moi après une réflexion pas trop poussée), en me disant ça va, l'angle du pied était bizarre à l'atterrissage, il y a eu un bruit chelou, mais ça va, je peux marcher jusqu'à la maison, en boitant. Et puis en fait non, ça n'allait pas. Et quelques mois plus tard (pourquoi avoir tant attendu, mystère de mon masochisme latent, même si ça va beaucoup mieux merci, je ne le répéterais jamais assez) je me suis tout de même résolu à aller chez mon ostéopathe où quand on s'allonge dos sur la table on voit, collé sur une image au plafond, un chimpanzé souriant qui vous regarde. Ça fait réfléchir.
 
  Quant aux livres potentiels pour supporter la fin du monde, je vous encourage à commencer par Le Nain qui disparaissait, de James P. Blaylock, Bilbo le Hobbit bien sûr, de Tolkien, Les Chroniques de Wildwood, le tome 1 déjà, de Colin Meloy (musicien du groupe les Decemberists, dont les clips sont pas piqués des vers) illustré par sa femme Carson Ellis qui a un instagram qui donne envie d'être un bobo riche de l'Oregon habitant à Portland, et La course au mouton sauvage de Haruki Murakami, parce que. Je vous donnerais d'autres idées au fil des futurs posts afin de sécuriser le périmètre mental de nos vies attaquées de toutes parts par des charençons géants qui ne connaissent pas, hélas, le goût du thé chaud l'après-midi qui, certes, jaunit les dents, mais aide à la digestion du chili sans carne qui nous robore l'esprit autant que l'estomac et c'est pas dommage. Merci Kiki.

lundi 7 octobre 2024

139.Là où je rêve debout.

  L'histoire ne dira pas si je réussirais à mener à bien un de mes nombreux projets, mais elle parlera malgré tout de ma capacité à me souvenir de mes rêves chelous. L'ambition d'un artiste, je ne sais pas, mais la mienne, un peu mieux. Développer un sens de la concentration qui m'amène chaque jour un peu plus à me transformer en œuf dur sur un mur.
  Cette nuit, je tentais de trouver un lieu pour habiter et travailler, je visite quelque chose de délabré mais avec des pièces correctes, pas de chauffage, un peu de plafond, tout à faire. Proche d'un centre ville de petite ville, une ancienne usine peut-être, avec vue sur une grande cour bétonnée, des hangars, des bâtiments plus ou moins en état dont un qui attire mon attention, avec toit en tôle et poteaux troués à la Eiffel, solides, pouvant abriter des avions. Je me dis ça : on pourrait y mettre des avions. 
  Je pense aux avions ronds privés que j'ai vu où déjà ? un cartoon ? Un film de Hitchcok ? La Mort aux trousses ? Et je demande au propriétaire si justement je ne pourrais pas y fabriquer des avions, taille 1 mais en carton, des sculptures quoi ! Plus tard, je revenais dans la pièce habitable, le proprio est parti, pour montrer l'espace à Aurélia, et sur le lit de camp (il y a un lit de camp) un gamin moitié endormi qui me dit qu'il doit rentrer chez lui mais ne sait pas bien comment. Je crois qu'Aurélia n'est pas enchantée par le lieu et s'en va. Il me montre le trajet et je l'accompagne. Arrivé chez lui il va direct se coucher, écrasé de fatigue dans la chambre où, si je pige bien, il dort avec ses deux frères. Dans la salle de bain, je trouve une chasse d'eau bouchée pleine de crottes et de papier cul, et du linge salle humide qui déborde de la cuvette jusqu'à la cabine de douche. J'enlève comme je peux les vêtements salis pour faire un tas à nettoyer et je tire la chasse et, heureusement, ça part dans un tourbillon océanique, qui réveille les trois frangins, dont un ado, qui sortent endormis et en pyjamas de leur chambre, blasés, comme si leurs nuits n'étaient qu'interruptions de sommeil, pour s'installer avec leurs matelas et couvertures dans le salon qui ne donne pas sur la salle de bain. Je leur dis que je les réveillerais pour l'école demain matin (il ne faut pas que l'on s'aperçoive qu'ils n'ont pas de parents à la maison) et je lance une machine avant de cleaner la salle d'eau de fond en comble, tout en me disant que leur journée demain va être un peu rude avec ce sommeil haché.
  Un autre, deux nuits avant, après les frites et les deux bières où selon des sources proches j'ai ronflé un peu fort : mon grand-père venait de mourir et j'avais été mis au courant un peu tardivement, alors que j'habite à côté maintenant, il me fallait vite m'y rendre pour sélectionner quelques affaires m'appartenant avant que les autres (mes oncles) débarquent. Dans la réalité mon père avait fait ça dans le dos de ses frangins, remplissant une remorque d'objets avant tout le monde sans prévenir personne...
  Un dernier que je n'avais pas fait depuis un moment, et qui revient comme un espace de joyeuse panique et me rappelle combien l'organisation de mon départ de l'atelier fut source de montées de glurp... Je retourne rue Bouquière pour un été, j'ai la clef et j'y entrepose mes affaires, beaucoup trop pour changer, pour profiter gratuitement de l'espace et y travailler sans autorisation, je sais que le proprio peut débarquer n'importe quand mais je m'entête, et je sais que je devrais tout virer et faire un déménagement express avant que les guetteurs ne reviennent pour me faire leur rapport. C'est super stressant et je me réveille en me disant que je suis bien débile de m'ajouter du taf en plus, il faut parfois quelques minutes pour être sûr que le déménagement est bien terminé et que je ne reviendrais plus dans la ville honnie.
  Il va y avoir, peut-être, un énorme travail intérieur à réaliser pour tapisser de bleu nuage notre esprit atterré par les nouvelles du monde dans cette humidité compacte de nos bunkers en cours. Je passe ma journée en petits temps sur chaque idée, ça avance mieux comme ça. Mes réveils ces temps-ci, sont calqués sur la pluie, ma vessie me lève avant la catastrophe. Je m'extirpe, rampe, tousse, le sentiment de vivre dans Blade-Runner avec des moutons pas électriques autour. Les livres me sauvent tout en nourrissant mes rêves. J'en ferais une liste dans le post 140 si le temps ne s'améliore pas. Et même s'il s'améliore d'ailleurs. 
  Je risque de vous décevoir, c'est souvent les mêmes.

samedi 5 octobre 2024

138.Le mec plus ultra.

  Comme prévu, je remonte lentement mais sûrement le nombre, le chiffre, des posts de ce blog pour rejoindre ceux de la vidéo de la semaine, et tout sera parfait dans une harmonie qui apportera la paix dans le monde et dans les cœurs blessés du capitalisme galopant plus vite qu'un cheval au galop sur les rives du mont Saint-Michel.
  Bien sûr, la vidéo de la semaine comme qui me suit m'aime, est très en retard sur mon timing. L'automne, nous l'avons vu dans le scandaleux post précédent, a pris le pas de m'empêcher d'aller dehors faire des prises dans le vent et la pluie, et c'est une excuse toute pourrie, tu pourrais parler dans la caméra depuis ton intérieur si fonctionnel et spacieux pour nous ragaillardir de quelques vannes hésitantes dont tu as le secret. 
  N'en jetons plus de casino, je vais m'y remettre, d'ailleurs cet après-midi, je vais me promener dans la campagne, il fait beau, c'est l'occasion.
  En même temps, j'y habite dans la campagne, donc si je sors de chez moi, dois-je dire, je vais automatiquement me promener dans la campagne ou je vais me promener tout court ? C'est délicat à trancher. Je vais me promener marche aussi. Et pourtant beaucoup moins. Je n'aime pas la promenade. Je suis bien obligé parfois, mais je ne vais jamais très loin. Mon genou me fait souffrir, souvenir d'une blessure de la bataille d'Arras, foutu éclat d'obus. Et puis il faut dire que je gamberge un max et les maximonstres. Je réfléchis beau cou, délicatement caressé sur le coin d'un rayon lumineux quand tu rêves à l'avenir glorieux de nos plantes grimpantes.
  Mes arrivées de dossiers sont nombreuses, chaque jour je dépiaute les lettres de fans et tente d'y joindre en retour un petit cadeau, une signature enlevée, une dédicace de mes dernières mémoires, et cela prend du temps. Temps que je ne peux pas utiliser pour me frictionner les cheveux avec un produit supposé empêcher leur chute, et c'est bien fâcheux. Obligé par mes obligations, je trouve encore des excuses pour traîner dans ma loge en fumant des bidis fabriquées par des enfants et tout aussi toxiques sinon plus que les bouteilles d'eau en plastique, à vous dégouter d'être breton. Alors, dans cette étrange mélancolie de gouttes, je vais et viens entre les feuilles où l'on trouve parfois un hérisson rescapé des autoroutes de l'information qui a pris sa retraite au village, pour voir.
  J'ai bon espoir de retrouver la frite. Le bar à côté en sert ce soir, c'est l'occasion. Il s'agirait de synthétiser mes courants pour faire du petit ruisseau un barrage à castors qui fait chier les pégus : "Ah bah y z'ont niqués mes pommiers les dents longues !"... C'est vrai que j'en ai marre des bouses. Bientôt trois ans que je me sers des parts de tartes tatins en kaï, en loucedé, en fignou (j'invente n'importe quoi) devant les trognes hilares du concours de boules d'octobre qui savent que le grand ne fait pas grand chose mais il est artiste, il chantait dans la chorale mais maintenant il fait quoi, allez reprend du rosé Michel, on s'en fout les jeunes, ils sont pas comme nous, y'en a qui votent à gauche.
  Je dis des bêtises, ici les gens sont merveilleux, je pense racheter une ferme qui s'écroule pour en faire une ferme qui s'écroule un peu moins vite que si on la laissait s'écrouler, et concocter un espace de travail pour les animaux réfugiés des chasses en cour. J'ai l'âme à rester en décalage constant, sans vraiment l'avoir choisi, je subis davantage ma manière d'être que je tente de maîtriser dans les règles du bonjour bonsoir ça va et vous et vos projets oh j'en ai plein, pour pouvoir me lancer la tête la première dans le retour sur scène avec un texte tellement fringuant qu'on me demandera comment je fais pour faire aussi bien le cheval.
  Quand vous entendrez la clochez faire, ding, c'est qu'il sera temps de tourner la page.